Mon écriture se caractérise par la conceptualisation, une mise en concept de ma pensée qui me permet de saisir l’essence de ma création. Un concept est un outil cognitif au service de la connaissance, dont la fonction est d’identifier, d’enregistrer et d’évoquer la quintessence du savoir. La conceptualisation est le processus par lequel je livre et énonce ma vision du monde, constituant la trame intrinsèque de mes textes. C’est, en somme, l’épistémologie de mon écriture, structurant ma pensée et révélant ma manière de penser.
Parmi les concepts principaux de mon œuvre figure la fœtusilation, ou le retour de l’homme à l’état fœtal, une régression vers le ventre maternel. Ce processus de régression fœtale est exploré dans des textes comme L’homme des traversées et La parenthèse intérieure. Ces titres, eux-mêmes des concepts issus de ma gibecière conceptuelle, incarnent ma vision de l’homme perçu sous des perspectives externe et interne. Ensemble, ils racontent un voyage à la fois dans le monde extérieur et dans le monde intérieur. Écrire devient alors un processus de dés-extériorisation qui ramène toujours vers soi, une véritable intériorisation. Mes personnages parcourent le monde avec pour destination une réduction épochale qui les mène à se retrouver en eux-mêmes. Ainsi, parcourir le monde, c’est se chercher, et trouver, c’est se retrouver.
L’homme des traversées est l’homme en perpétuel mouvement, sans attache ni ici ni ailleurs, repoussant sans cesse les limites d’un horizon qui recule à chaque avancée, bien que toujours proche du regard. Ce regard, que l’on souhaite profond, mène la marche dans le monde à une déambulation au sein de la parenthèse intérieure, où se découvrent les mondes possibles en soi. La parenthèse intérieure est cette étape narrative cruciale où le personnage se désamarre du monde « épochalisé », suspendu grâce à une immersion dans une réalité alternative. Cette immersion s’opère par le canal du regard scrutateur, un regard profond et perspicace. Regarder de cette manière ouvre des mondes possibles, accessibles par un cheminement intérieur. Tandis que l’extérieur offre un monde, l’intérieur révèle une multitude de mondes possibles. La parenthèse intérieure est une villégiature dans la microcosmie de mon être, où tout devient possibilisable.
Le possibilisable est un autre de mes concepts clés. Il désigne ce qui, au sein du possible et de la pérégrination intérieure, parvient à se manifester, à travers l’expérience du regard et le vécu intérieur. C’est ce qui est rendu possible : la rencontre dans l’éthéré, l’être dans ce monde intérieur. L’accès à ce monde s’opère par l’expérience du regard scrutateur. Ce regard est un acte d’observation profondément attentif, une sollicitation du monde par une vision téléportative qui propulse l’observateur dans le lointain, au cœur d’une immersion dans l’alternatif. C’est la découverte d’un monde augmenté, où, comme les sons captés selon certaines fréquences, le regard perçoit, par certaines vibrations, les dimensions parallèles du vécu standard. Voir, c’est voir. Le monde tel qu’il m’apparaît n’est pas le même que celui qui t’apparaît, ni identique de part en part. On voit ce que l’on veut voir. Ainsi, le regard est la clé des mondes intérieurs possibles. Mon écriture conçoit précisément cette vision des mondes possibles, un concept fondamental pour l’intelligibilité de ma scripturalité.












