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Diagnostic et Prescription : Rapport de lecture

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Livre : A tous ceux qui cherchent une raison d’aimer. Tome 1 : l’ange du crépuscule.

Auteur : Charles l’écrivain des Gémeaux.

 Diagnostic et Prescription : Rapport de lecture dans Création littéraire

Je ne ferai pas la critique de votre texte. Parlons de la création. Le but ici est de servir d’intermédiaire entre l’écrivain que vous êtes et l’auteur que vous voulez devenir. C’est-à-dire celui dont l’écriture fait autorité parce qu’élevé au rang de patrimoine, au rang d’exemple.  Celui dont les propos servent comme preuve à la justification de la pensée par l’argument d’autorité. Aussi, je vais vous accompagner dans votre voyage. Je ne critiquerai pas votre texte. Je vais juste indiquer les leviers sur lesquels travailler pour donner le meilleur de vous-même. Ma lecture consiste à repérer et à indiquer les grandes tendances de votre texte. Je n’épuiserai donc pas l’entièreté de celui-ci.

Vous avez soumis à ma lecture le texte suivant : A tous ceux qui cherchent une raison d’aimer. Tome 1 : l’ange du crépuscule. Dont voici le résumé correspondant à l’étendue de ma lecture ( ce que j’ai lu) :

Henry abandonne les études et sa famille pour réaliser des rêves de grandeurs. Il se lance dans les affaires. Il réussit en acquérant une richesse absolue comme agent immobilier. Un jour, il apprend qu’il souffre d’une bradycardie et du syndrome de Takotsubo (du cœur brisé) consécutives à la prise de drogues lors des soirées. On tente de le soigner par greffe du cœur et retrait de la tumeur. On ne trouve pas un nouveau cœur. Le jeune homme de 22 ans perd le goût de la vie, se résigne. Il attend la mort. La rencontre avec la métisse bronzée et l’arrivée d’un donneur providentiel lui redonne espoir.

A côté du thème principal annoncé (croire en la force de l’amour), vous abordez entre autres la question de la féminisation de l’homme en proie à ce que vous appelez un tic, un automatisme du corps, une force qui prend le contrôle du corps de l’homme et l’effémine. A l’exemple de ce tic qui pousse Henry à danser autrement que d’habitude : “Mon corps bougeait tout seul, sur un tic, je fis quelques pas de moonwalk en mode décontracté”. “Sous la douche, je chantais du Billie jean entre quelques coups de savon. Je trémoussais mon derrière à la façon obscène d’une stripteaseuse, en me servant du pommeau de douche comme barre de scène”. “J’enchaînai ensuite sur une danse du ventre de haut niveau”.

Il y a le tic du corps, cette force qui dépasse l’homme, il y a aussi cette inversion des rôles par laquelle la femme entreprend de jouer autrement que d’habitude.  Elle est à l’initiative. C’est elle qui drague par exemple l’homme, devenu passif. Henry est assis sur un banc du parc. La métisse bronzée arrive et l’aborde avec un sourire ouvert :  “Un petit moment, elle entama la discussion.  – Vous allez enfin me dire bonjour ? me demanda-t-elle sur un ton plus amical “. “Moi je suis nouvelle dans ce quartier et je ne connais encore personne”. « J’ose espérer vous retrouver là demain !”.

Le texte A tous ceux qui cherchent une raison d’aimer. Tome 1 : l’ange du crépuscule semble annoncer une nouvelle culture. La culture de  l’homme absent, effacé, diminué dans laquelle le don de soi pour l’obtention de la richesse à tout prix demeure la norme. “Dans la vie, il faut être prêt à emprunter des chemins différents et par moments peu humbles pour réussir “. Il faut être prêt à tout jusqu’à y compris le déshonneur pour “connaître le goût amer de l’argent”, en profiter tout seul. L’altruisme est naïf. La richesse implique le durcissement du cœur, l’avarice, la rupture du lien familial. “A mon sens, ceux qui acquièrent rudement leurs biens doivent en profiter seuls”. “Je ne me rappelais même plus du dernier jour où j’avais appelé les miens. Ils insistaient toujours pour prendre de mes nouvelles, mais je trouvais toujours comme excuse mon travail. Sauf que la vérité était que je ne voulais rien partager avec eux”. “Avec l’argent, plus on en a, plus l’avarice nous exprime ses meilleurs sentiments”.

Arrivé à ce niveau des questions viennent : la réussite incombe-t-elle d’être prêt à tout ? Servir d’esclave sexuelle, manger la fiente, enlever les enfants, prélever leurs organes, vendre son âme… être vite riche et mourir jeune… A trop courir n’y laisse-t-on pas des plumes, n’y brûle-t-on pas des ailes ? Doit-on rester silencieux face à la dépravation au nom de la liberté ? A quoi ressemblerait une société de la criminalité tolérée parce que choisie. Doit-on ne pas en faire la critique au nom du chacun est libre de faire ce qu’il veut ? D’où vient cette tolérance à la dérive ? Je suis libre de déféquer sur une femme parce que je lui donne de l’argent. C’est sa liberté de recevoir la fiente car elle finance ainsi sa prospérité. Je suis libre d’enlever des enfants et de prélever leurs organes parce que c’est ainsi que je crée la richesse. Et il n’y a pas lieu de juger ! Un point. C’est tout. Est-ce la société à laquelle nous aspirons ? Est-ce la culture que nous adoptons ? Tel est le questionnement qui me vient, à la lecture de votre texte.

Les thèmes que vous abordez sont riches d’actualité. Vous suscitez par là le questionnement. En effet, écrire est un prétexte pour soulever et débattre des problèmes de société et nous voyons lesquels vous pointez. L’avantage de votre texte c’est qu’il nous donne l’occasion de découvrir… de découvrir par exemple les maladies du cœur (bradycardie et syndrome de Takotsubo). Vous joignez ainsi l’utile à l’agréable et c’est très bien.

Venons-en aux leviers sur lesquels je vous invite à travailler de manière à renforcer votre écriture. Vous avez une belle écriture qui manque à donner le meilleure d’elle-même de par le retard et le fait que vous n’amenez pas l’action jusqu’au bout. Vous avez même du mal à commencer… Cinquante pages après la première, votre histoire n’a toujours pas démarré ! Il y a inachèvement du mouvement. L’invraisemblance caractérise votre texte. S’il faut vous titiller, je dirais que vous êtes rocambolesque… Peut-être par choix. Cependant cela ne convient pas à la cohérence textuelle. Votre écriture parviendra à un niveau important en alliant cohérence et vraisemblance. Car c’est la vraisemblance qui fait que l’on immerge dans votre texte et que l’on s’identifie à tout de votre texte. Que l’on croit à tout ce que vous dites, que l’on vit aisément par procuration. C’est cela en réalité votre mission : faire vivre par procuration la vie des autres, dans des mondes autres.

Citons quelques éléments d’invraisemblance dans votre texte : une femme nouvellement arrivée dans un quartier et qui sourit au premier homme rencontré dans un parc et lui fait la cour. C’est possible. Dans ce cas, il faut annoncer au préalable la loi qui lui pousse à agir ainsi. Donc avoir fait référence au caractère de la femme, ses principes et ses valeurs de sorte que ses actes correspondent à son être. Parce que les principes disent ce que l’on peut ou ne peut pas faire même si tout le monde le fait. Ensuite la lettre trouvée. Henry se plaint de ce que quelqu’un soit passé mettre une enveloppe dans la boîte aux lettres : “comme si l’expéditeur tenait absolument que je la vois”, “ ce qui m’agaçait, c’était qu’il se soit permis de franchir le portail sans invitation”. “J’avais imprudemment oublié d’activer la fermeture automatique, désactivant ainsi l’alarme”. Peut-être est-ce le facteur qui est passé. Faille-t-il désarmer l’alarme pour recevoir son courrier ? Alors montrer comment dans une scène précédente. Que dire du don d’organes ? Henry attend impatiemment une greffe du cœur.  Le docteur Akoune informe : “ Monsieur Henry, après de nombreux capitaux investis dans la recherche de votre donneur, nous sommes heureux de vous annoncer que notre persévérance a enfin porté ses fruits ! En effet, comme un acte de la providence, ce dernier s’est manifesté de lui-même et est prêt à faire don de son cœur. Je ne peux certes pas vous dire si les tests de compatibilité seront positifs, mais je peux au moins vous dire de garder espoir, car il vient de naître de ses cendres”. Ici, l’invraisemblance vient de la marchandisation du don. Puisque le don d’organes est gratuit et anonyme. Pourtant, on peut essayer de comprendre et trouver les éléments de vraisemblance en changeant de niveau et passer au niveau de la richesse à tout prix. Le docteur appartiendrait alors à un réseau mafieux, un intermédiaire entre un client en besoin d’organe et un vendeur en mal d’argent. Quelqu’un est donc disposé à donner son cœur pour vivre riche. Mais là encore l’invraisemblance demeure. Sinon quelqu’un propose d’offrir un cœur. Mais pas le sien. L’autre élément d’invraisemblance est le fait de chanceler tout en étant allongé sur un lit. Henry est dans son lit, allongé. Il a mal au cœur : “Un léger picotement vint remuer le couteau dans la plaie, je me mis à chanceler. Heureusement, dans mon étourdissement, j’eus le réflexe de poser  un genou au sol, pour redonner de l’équilibre et de la stabilité à mon corps ». Il y a une séquence manquante. Sinon comment être allongé sur un lit et trébucher ? Sur un lit, le corps n’est-il pas stable ? Enfin, terminons par les études d’Henry ainsi que son métier. Henry a abandonné les études pour se lancer dans les affaires. Après plusieurs temps, il devient un agent immobilier à la richesse absolue (un véritable Picsou). “Ma pauvre mère. Cette femme qui s’était donnée corps et âme pour son ingrat de garçon afin qu’il décoche sa licence pro métiers de l’immobilier. Elle  qui était si heureuse à en pleurer en apprenant qu’il était sorti major de sa promotion, avec une bourse d’étude pour Marseille”. Il faut montrer comment après avoir abandonné ses études dans les métiers de l’immobilier, le personnage principal est-il devenu ce qu’il a renoncé ? Comment est-il devenu agent immobilier ?

Si je mettais ma blouse de docteur, que vous prescrirais-je ? Essayez la lecture de John Truby, L’anatomie du scénario. Et prenez bien vos médicaments : “les conseils qui s’y trouvent”. Ainsi vous ferez d’une pierre deux coups : développer les compétences d’écrivain doublées de celle du cinéaste que vous voulez devenir. Bien évidemment poursuivez votre traitement à la Jack London.

Procédez à la relecture, réécriture. But : garder la cohérence textuelle. Pratiquer la règle du 15-80-15. Introduisez autour de quinze pages votre roman avec une exposition qui informe sur la routine, le monde habituel. Terminer cette partie par une action forte qui pousse à sortir de la zone de confort. Développer autour de 80 pages les conséquences de la sortie de la zone de confort. Terminer autour d’une quinzaine de pages sur les résultats, le retour à l’ordre initial ou pas. Bien entendu, la règle du 15-80-15 n’est qu’une espèce d’échelle qui simule la longueur d’un film.

Définissez les règles de votre univers. Il y a une hésitation à assumer le genre qui vous préoccupe. Aussi le lecteur a du mal à se situer. Vous souhaitez explorer les méandres du genre fantastique. Cependant vous n’allez pas au bout de l’action. Vous hésitez à déterminer la marque principale de votre univers. Ce qui fait qu’au niveau du pacte de lecture, le lecteur a du mal à se positionner. Le pacte de lecture est la disposition que prend le lecteur pour lire le livre. Il mène à croire ou pas à ce qui est écrit. La sauce a du mal à prendre. Assumez donc le fantastique. “Je voulais voir sur son visage les quelconques traces d’une éventuelle magicienne ou sorcière. Dans les contes de fées, soit elles avaient de grands nez poilus, soit elles étaient pourvues d’ailes, de rides formées par la méchanceté, ou de boutons pleins de vices. Ce qui n’allait pas avec ce visage angélique. Ce visage d’ange”. Dans ce cas, vu la manière dont vous présentez les choses :  à la place d’une rencontre (fruit du hasard) on parlera de la visitation (expression d’une volonté venant au secours d’un cœur meurtri”. Tout s’explique pourquoi la femme se présente souriante, ouverte à un inconnu. Ce serait un ange. L’ange du crépuscule. Dans votre écriture, l’invraisemblance est-elle la norme, l’inversion, la loi ? Aidez le lecteur à se situer. Établissez le pacte de lecture de telle sorte que le lecteur croit à tout ce que vous direz y compris l’invraisemblable à partir du moment qu’il accepte que c’est un effet de votre univers. Sinon amener votre sujet de telle sorte qu’il n’y ait point rupture de cohérence.

Planifiez votre texte. Si l’émotion est la langue de l’écrivain, n’écrivez pourtant pas d’émotions. C’est sûrement les relents de la pratique de la poésie où on laisse les mots venir comme ils viennent, les alignant jusqu’à épuisement de l’émotion. Toutefois, le roman n’est pas l’aventure des mots, mais les mots d’une aventure. Il faut donc la structurer avec un début, un milieu, une fin. La poésie est l’apophtegme de votre histoire. Un peu comme les citations qui introduisent vos chapitres.  Le roman est le déploiement de votre histoire. Enrouler/dérouler, coder/décoder… Planifiez ensuite épanchez. Vous épanchez vos émotions et les laissez aller à la dérive. Canalisez-les. La planification donnera un but et de la force à votre inspiration. N’oubliez pas la règle : “Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Alors concevez, planifiez, montrez.

Pour terminer, gardez toujours près du cœur ceci : Écrire, c’est lire. Imprégnez vous de votre sujet avant de l’écrire. En création, cela s’appelle la phase d’incubation. En réalité, on n’écrit que ce qu’on lit :  observe.

 

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