Accueil Critique et théorie littéraires Laurent Owondo : le regard scrutateur et la transmission intergénérationnelle

Laurent Owondo : le regard scrutateur et la transmission intergénérationnelle

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Laurent Owondo, Au bout du silence. Résumé du roman.

Mois d’octobre. Dans le village entre le grand fromager et la rivière de gros galets. Le ciel est étonnement inadéquat.  Rédiwa scrute le ciel matin et soir. La montagne se tait. Anka son petit fils le regarde. Essaie de le comprendre, lui, l’aïeul qui ne parle pas comme tout le monde. Anka veut voir ce que voit l’aïeul dont les yeux voient ce qu’il y a derrière toute chose. La saison sèche persiste, refuse de finir. Ce qui augure une année de sécheresse et de famine. Anka attend d’avoir les yeux qui voient ce qu’il y a derrière toute chose et d’avoir l’âge où les masques livrent enfin leurs secrets. Pour le moment il est confronté aux silences. Au silence de toute chose. Au silence de l’aïeul. Quand il atteint l’âge adéquat, il voit et comprend : le ciel inadéquat ayant pour effet la sécheresse, c’est l’absence d’Ombre.

Désormais Anka a les yeux de Rediwa. Ombre remplissant son horizon se met à murmurer : « Étreins-moi. Nourris-moi. J’ai faim de kaolin autant que tu as soif de moi”. L’aïeul scrutait l’horizon, et c’est en vérité Ombre qu’il cherchait. La dernière née de la montagne. Partie dans le pays des amants en quête du regard qui donne droit au repas et à l’étreinte, elle est dans la tourmente. Sur le chemin qui mène à l’amant, elle a la parure, le visage ocre et kaolin, le visage de la séduction qui va de soi. Le rendez-vous avec l’amant pour l’étreinte a lieu à la pleine lune. Mais aucun amant ne vient. Aucun regard d’homme ne se pose sur elle. Aussi rôde-t-elle dans la vallée des amants. Signale sa présence par des parfums, des hululements d’oiseaux de nuit ou encore de chair de poule. Aucun regard d’homme ne va sur elle.

Aussi Ombre se fait-elle violente. Rend malade ceux qui refusent son étreinte. Ces derniers ont de la fièvre, saignent du nez, entrent en transe, délirent. Devant l’indifférence de l’amant, Ombre se fait à la fois regard et horizon. Elle se contemple. S’enivrant d’elle-même, elle se tient pareille à la torche de résine sur le point de s’éteindre, sans une main pour ranimer la flamme. Il lui faut l’ocre et le kaolin dans le regard de l’amant. Ombre maudit l’époque car elle la soupçonne d’être à l’origine de son tourment. Dans la vallée des amants, le peuple a désormais la vision scellée, un peuple sans songes. Ce n’est plus un peuple d’amants. C’est désormais le silence. Le silence de cette saison étrange. Le silence d’Ombre.

Anka, à l’heure où il est sage de rester chez soi, se glisse dans la nuit jusqu’au bout du village à la recherche de son père parti en mer. Le père rentre de  la mer. Ne trouve pas Anka à la maison. Nindia, sa mère, anticipe la punition de son mari plus virulente que la sienne, à l’égard de leur fils. Elle frappe ce dernier oubliant que la nuit il n’est pas recommandé de porter la main sur un enfant. C’est ainsi que par les pleurs, la voix d’Anka est offerte en pâture. C’est la pleine lune. Ombre interprète les pleurs comme le signe d’un appel. Elle pénètre dans la case d’où viennent les pleurs. Dans sa dimension, Ombre écoute Anka par ses pleurs, égrener les noms de ses ancêtres.

Rediwa aussi entend la généalogie à la place des pleurs. Ce qui le satisfait. Ombre observe. Tout lui dit que l’amant est là. Ce que confirme Nindia lorsqu’elle allume la torche de résine plantée au seuil de la porte. Et le geste de Kota, le père d’Anka lorsqu’il verse du rhum au pied de la torche tout en constatant la pleine lune dans le ciel. Ombre sursaute. Elle a la confirmation de ses attentes. Elle a la certitude de l’étreinte. Elle s’avance, se carre devant Rediwa dont elle teinte la vision de l’ocre et du kaolin. Rediwa considère l’ocre et le kaolin et sait qu’Ombre est là. Il penche la tête comme pour dire oui à Ombre.

Rediwa conte. Il soulève délicatement Ombre par la parole, la transporte vers son petit-fils. La voix de Rediwa se fait chant. Sous l’effet du conte, Anka s’endort. La pluie tombe, la première depuis bien longtemps. Rediwa est absent par le regard, présent par la voix. Il est un masque dont le secret se lit par les yeux. Il a dit. Il a chanté. Il a transmis. Il a livré le secret du masque. Il peut maintenant mourir en paix. A son petit-fils, il dit : “Ne tremble pas mon petit [...] Ne tremble pas. Pense à Ombre. Pense au kaolin toujours présent là où se trouve l’ocre”.

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