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Ingénierie sociale ou comprendre afin d’éviter de courir dans tous les sens

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Comprendre
  1. Dans le contexte des sociétés de masses, la politique est toujours plus ou moins une activité de contrôle social exercé par des minorités dominantes sur des majorités dominées.

  2. Ainsi, d’une activité d’inculcation d’un système de valeurs, une Loi, divine ou républicaine, la politique s’est déplacée vers les questions purement techniques d’ingénierie des comportements et d’optimisation de la gestion des groupes.

  3. En l’espace de quelques décennies, les pays développés sont donc passés d’un contrôle social fondé sur le langage, l’interlocution, la convocation linguistique de l’humain et l’activation de ses fonctions de symbolisation, à un contrôle social reposant sur la programmation comportementale des masses au moyen de la manipulation des émotions et de la contrainte physique.

  4. Autrement dit, la politique qui était jadis l’art de réguler les contradictions d’un groupe par inculcation chez ses membres d’une Loi commune, grammaire sociale structurante et permettant l’échange au-delà des désaccords, la politique est devenue [...] l’art d’automatiser les comportements sans discussion.

  5. La fonction symbolique, c’est-à-dire la capacité de rationalisation des émotions et d’articulation dialectique de leurs contradictions dans un discours partagé, la capacité à continuer de se parler alors que nous ne sommes pas d’accord, clé de voûte au tissage du lien social et à l’élaboration du sens commun d’un groupe organisé, est directement attaquée par cette mutation.

  6. La plupart des dirigeants contemporains ne poursuivent fondamentalement que deux buts, le premier étant de mettre sur pieds un gouvernement mondial ; le deuxième, afin de protéger ce gouvernement mondial de tout renversement par ses ennemis, étant de créer un système technique mondialisé de surveillance généralisée fondé sur la traçabilité totale des objets et des personnes.

  7. Ces enjeux de pouvoir politique s’inscrivent dans une lutte des classes sociales.

  8. L’ingénierie sociale comme travail de reconfiguration d’un donné humain procède toujours en infligeant des chocs méthodiques. En effet, reconfigurer un système pour le rendre plus sûr et prédictible exige au préalable d’effacer son mode de configuration actuel. La réinitialisation d’un groupe humain requiert donc de provoquer son amnésie par un traumatisme fondateur, ouvrant une fenêtre d’action sur la mémoire du groupe et permettant à un intervenant extérieur de travailler dessus pour la reformater, la réécrire, la recomposer.

  9. La stratégie du choc : méthode de hacking social, production intentionnelle de chocs régressifs, sous la forme de crises économiques planifiées et-ou de traumatismes émotionnels méthodiques, afin d’anéantir les structures données jusqu’à une table rase permettant d’en implanter de nouvelles.

  10. Il s’agit à chaque fois de faire perdre à une entité sa souveraineté, son self-control, pour la mettre sous un contrôle extérieur. L’obstacle majeur de ce processus est le niveau de santé de l’entité, synonyme en politique de son niveau d’autonomie et de souveraineté, qui résiste naturellement à cette tentative de reconfiguration par une prise de contrôle extérieur.

  11. En outre, dans un cadre d’ingénierie sociale, il n’est pas nécessaire que les chocs infligés soient toujours réels ; ils peuvent se dramatiser uniquement dans le champ des perceptions. Les chocs méthodiques peuvent donc relever du canular et de l’illusion pure, ou encore entremêler réel et illusion.

  12. La résistance au changement, tel est le problème principal à surmonter en ingénierie sociale. La question qui se pose toujours au praticien est « Comment provoquer le moins de résistance à mon travail de reconfiguration, comment faire en sorte que les chocs infligés ne provoquent pas une réaction de rejet ? ». Donc comment faire accepter le changement, et si possible comment le faire désirer, comment faire adhérer aux chocs et au reformatage qui s’en suit ? Comment faire aimer l’instabilité, le mouvement, la précarité, le « bougisme » ? Bref, comment inoculer le syndrome de Stockholm à des populations entières ?

  13. La méthode : la dysfonction intentionnelle de ce qui marche bien mais que l’on ne contrôle pas pour le remplacer par quelque chose que l’on contrôle ; en l’occurrence, la destruction de services publics qui marchent bien mais qui échappent à la spéculation et au marché pour les remplacer par des services privatisés et sur fonds spéculatifs.

  14. De nos jours, une conduite du changement bien menée réalise la même chose qu’un putsch ou qu’une guerre mais sans coup férir, par petites touches progressives et graduelles, en segmentant et individualisant la population impactée (diviser la population, isoler les individus), de sorte que la perception d’ensemble du projet soit brouillée et que la réaction soit rendue plus difficile.

  15. D’autres appellations peuvent encore qualifier cette méthode : stratégie de tension, pompier pyromane, ordre à partir du chaos, destruction créatrice, ou encore la trilogie problème-réaction-solution.

  16. Fluidifier :  La fluidification désigne l’action extérieure au groupe consistant à jeter le trouble dans sa culture et ses traditions, créer des tensions dans le but de déstructurer ses habitudes de fonctionnement et de disloquer ce groupe à plus ou moins brève échéance. Affaibli et vulnérable, ses défenses immunitaires entamées et son niveau de souveraineté abaissé, le groupe peut alors être reconstruit sur la base de nouvelles normes importées, qui implantent un type de régulation exogène permettant d’en prendre le contrôle de l’extérieur.

  17. Une conduite du changement bien menée consiste ainsi en trois étapes : fluidifier les structures « gelées » du groupe par l’injection de facteurs de troubles et d’éléments perturbateurs aboutissant à une crise — c’est l’étape 1 de la création du problème, la destruction intentionnelle ou « démolition contrôlée » ; cette déstabilisation provoque inévitablement une réaction de désarroi dans le groupe — c’est l’étape 2, dont la difficulté consiste à doser avec précaution les troubles provoqués, une panique totale risquant de faire échapper le système au contrôle de l’expérimentateur ; enfin, l’étape 3, on apporte une solution de re-stabilisation au groupe, solution hétéronome que le groupe accueillera avec enthousiasme pour calmer son angoisse, sans se rendre compte que, ce faisant, il s’est livré à une ingérence extérieure.

  18. Le social learning… Le Social Learning utilise les effets combinés de la culture, de la connaissance et de la psychologie pour amener une population ciblée à raisonner selon un certain schéma de pensée initié par l’influenceur, dans des buts politiques, économiques ou socioculturels. Le Social Learning est donc un formatage social à des fins d’influence. Son objectif est la conquête des « territoires mentaux ».

  19. À l’ère de l’information, la diplomatie de la canonnière se voit ainsi remplacée par l’influence intellectuelle.

  20. Le Social Learning… vise [...] les centres de décision ou de référence d’une nation — administratifs, politiques, économiques, culturels, sportifs, musicaux, etc. — ayant un pouvoir de décision, d’influence, d’entraînement sur le reste de la communauté. Cette manœuvre oriente alors en toute légitimité les publics visés vers l’offre se dissimulant derrière ce processus de formation apparemment anodin. Il s’agit d’une conquête des cœurs et des esprits très en amont des débouchés commerciaux.

  21. Le Social Learning se consacre ainsi à la modification intentionnelle du mode de vie, des mœurs, us et coutumes d’un groupe humain donné, à son insu et en laissant croire qu’il s’agit d’une évolution naturelle. Par exemple, l’exode rural et la concentration des populations dans les villes, phénomènes typiques de la mondialisation toujours présentés comme des fatalités historiques, répondent en réalité à deux objectifs : l’un économique, couper les groupes humains de leur autonomie alimentaire pour les rendre totalement dépendants des fournisseurs industriels et des semanciers d’Organismes Génétiquement Modifiés… L’autre, politique, faciliter la surveillance, plus aisée en milieu urbain qu’à la campagne.

  22. Créer un nouveau type de société et un nouveau type d’individu exclusivement orienté sur la production et la consommation.

  23. Le Social Learning désigne ainsi un changement dirigé s’appuyant sur la « fabrication du consentement » au changement. Il s’agit d’une stratégie indirecte de pression comportementale visant à désamorcer en amont toute résistance au changement et aux troubles qu’il provoque par le camouflage de toute intention stratégique contre laquelle résister, de sorte que le pilotage conscient du groupe reste inconscient à ce dernier, imperceptible et attribué à une évolution naturelle des sociétés dont personne n’est responsable.

  24. Il est impératif que le sujet piloté soit le moins conscient de l’existence du pilotage et du pilote, de sorte qu’il ne puisse même pas lui venir l’idée de s’immiscer dans le mécanisme pour y jouer un rôle actif. À cette fin, il paraît nécessaire de rendre impossible au sujet piloté d’accéder à une vision d’ensemble du système dans lequel il se trouve, une vision globale de surplomb, générale et systémique, qui lui permettrait de remonter aux causes premières de la situation. Cette opération de brouillage, qui n’est rien d’autre qu’un piratage du système de perception et d’analyse du sujet, consistera à spécialiser ses capacités de raisonnement et à les fragmenter sur des tâches particulières, de sorte à orienter leur focalisation dans un sens qui reste inoffensif pour le pouvoir.

  25. La fabrication du consentement… Le piratage d’un sujet aux fins d’obtenir son consentement… par une régression mentale provoquée. Cette technique suppose, dans un premier temps, de ne s’adresser qu’aux émotions et à l’affectivité.

  26. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.

  27. Comment faire accomplir quelque chose à quelqu’un en lui donnant le sentiment que c’est lui qui a choisi librement de le faire ? Comment réussir à ce que la transgression de l’intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? Comment faire en sorte que le pilotage des masses présente toutes les apparences de la démocratie et du respect de la souveraineté populaire ? Bref, comment violer quelqu’un sans qu’il ne s’en aperçoive ? Telles sont les questions de hacking social que se posent les élites dirigeantes.

  28. Le viol est toujours celui de l’intelligence critique et rationnelle, au bénéfice des émotions et des affects primaires : l’agressivité, l’intérêt matériel immédiat, l’attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. La manipulation la plus efficace sera celle qui instrumentalisera au mieux ces impulsions primaires en en promettant la satisfaction la plus pleine et rapide. Ces quatre impulsions peuvent se ramener en définitive à deux affects primordiaux : le sexe et la peur. L’utilisation adroite de ces deux affects, le jeu alternatif sur la carotte et le bâton, la séduction et l’angoisse, permet de mener un groupe par le bout du nez, de piloter son changement avec son consentement, donc de lui rendre imperceptible le viol de sa propre souveraineté mentale et politique.

  29. Rendre « sexy et glamour ».

  30. Pour être vraiment efficace, la fabrique du consentement suppose l’abolition de toutes les frontières.

  31. Avec l’abolition des frontières, c’est-à-dire du principe même de toute extériorité, s’abolit également la possibilité de toute comparaison et contradiction fondamentale, donc de tout contre-pouvoir critique et de toute résistance. Un monde mondialisé, unipolaire, sans frontières et politiquement unifié sous un gouvernement centralisé et un système unique de valeurs et de normes, en finirait une bonne fois pour toutes avec la possibilité même de penser « autrement ».

  32. À monde unique, pensée unique. À ce titre, l’ingénierie du Nouvel Ordre Mondial, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s’identifie à un processus de régression pré-Œdipienne et d’infantilisation délibérée des populations.

  33. L’enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l’adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social, l’immersion conformiste et grégaire dans les normes du monde environnant, et surtout l’impuissance à réagir contre une altération de ses conditions de vie.

  34. Construire la dépolitisation de l’humanité, construire le « Oui » à tout, le consentement global, passe donc par un abaissement provoqué de sa maturité psychique moyenne.

  35. Bâtir la docilité générale : Deux dixième… et [la maternité allaitante] (le tittytainement)… à l’avenir… Deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie…  80% des personnes souhaitant travailler se retrouveront sans emploi… Comment les occuper ? … Par les seins… le lait qui coule de la poitrine d’une mère qui allaite… [symbolisant] un cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante [permettant] de maintenir de bonne humeur la population frustrée.

  36. On voit émerger la société des deux-dixièmes, celle où l’on devra avoir recours au tittytainement pour que les exclus restent tranquilles.

  37. L’ingénierie sociale se donne ainsi pour objectif de rendre tolérable, et même désirable, une involution civilisationnelle profondément morbide en la parant de tous les traits du rajeunissement perpétuel, donc apparemment de la vitalité et de l’avenir, avec, pour visée ultime, la « fœtalisation » de l’humanité au moyen de son insertion dans un environnement social conçu à l’image d’un immense utérus artificiel, c’est-à-dire dénué de frontières et de contradictions.

  38. Destruction de tout ce qui rappelle le Père.

  39. Construire la servitude volontaire… faire non seulement accepter, mais encore désirer au sujet manipulé ce que l’on a, en fait, décidé à sa place, en le mettant dans une situation d’engagement à poursuivre un comportement. En procédant de manière graduée… orienter petit à petit la démarche d’un sujet… (individu ou groupe) et même de lui faire entreprendre « librement » une dégradation de sa situation, tout en lui donnant l’impression qu’il améliore son sort et qu’il agit de son propre chef, alors qu’on lui a fait prendre une décision irrationnelle et allant contre son intérêt.

  40. L’induction de prise de décision irrationnelle…

  41. Cette fabrique du consentement au changement dirigé « vers le bas » réclame toujours beaucoup de délicatesse dans la manière de procéder. Toute précipitation ou attaque massive sont proscrites.

  42. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu’on évite un mécontentement général de la population.

  43. Obtenir le consentement non problématique à la dégradation… on crée le problème par un sabotage intérieur, sous la forme d’une diminution des budgets de fonctionnement, d’une dette publique savamment gonflée (par la prise en compte des intérêts dans le calcul global), ou de toute forme de crise planifiée, économique ou diplomatique, sociale, etc. Puis on propose une solution. Cette solution proposée ne fera qu’empirer les choses, mais comme c’est la seule voie de changement suggérée au groupe, il a l’impression d’une amélioration par simple changement de position. Le simple fait de changer quelque chose produit l’impression de changer en mieux, car le psychisme humain est ainsi fait qu’il envisage toujours positivement au début la sortie d’une situation difficile… Cet engouement ne dure que jusqu’à ce que l’on se rende compte que c’était pour aller vers pire. Et alors une autre solution est aussitôt proposée, qui ne fera à son tour qu’empirer la situation, mais qui sera reçue provisoirement avec enthousiasme, et ainsi de suite à l’infini sans qu’il soit jamais possible de revenir à l’origine du problème pour le régler réellement car on se trouve continuellement déporté toujours plus loin de ses racines… il s’agit d’induire une marche en avant forcée d’un point A vers un point B, en programmant une sorte d’espoir aveugle et d’optimisme obtus pour le point B, présenté comme forcément meilleur que le point A, passéiste et réactionnaire, le tout reposant sur une bonne dose d’autosuggestion, de révisionnisme historique et de progressisme idéologique.

  44. Le mind control… réécrire le programme comportemental d’une machine vivante mais sans que cette machine ne s’en rende compte. Piratage psycho-socio-biologique, où le code source du sujet cobaye a été craqué, puis effacé et reformaté par une entité extérieure au sujet, qui s’est ainsi rendue propriétaire de l’inconscient du sujet et qui peut donc orienter son devenir. Un hacker s’est infiltré dans la mémoire, en a pris le contrôle, l’a reconfigurée selon ses plans, a implémenté de nouveaux habitus, de nouveaux algorithmes comportementaux et pilote désormais la machine humaine à distance. Mais surtout, il a effacé toute trace de son effraction et de sa manipulation.

  45. La guerre contre-insurrectionnelle… campagne pour gagner les cœurs et les esprits… guerre psychologique stratégique… manipulations psychologiques de l’opinion…

  46. Le mensonge, le faux, la manipulation, le simulacre, le leurre et la ruse sont les outils immémoriaux de la politique, en tant que guerre mentale des images, des mots et des représentations pour le contrôle des esprits.

  47. Virtualisme… faire entrer des populations entières dans une réalité virtuelle entièrement construite par le pouvoir.

  48. Le reality-building… la science de la construction de la réalité… Le storytelling… raconter des histoires… l’élaboration d’une bonne fiction, une fiction enthousiasmante, qui parle au cœur et à l’émotion et qui applique des schémas narratifs et des structures scénaristiques ayant déjà fait leurs preuves dans la littérature ou le cinéma. L’imagerie et les mises en scènes spectaculaires visent à faire rêver et à produire à la demande tel ou tel type d’émotion dans le public, de manière à s’assurer la prévisibilité de son comportement et à garder le contrôle du système. Non pas répondre aux réactions du peuple, mais les créer carrément, afin d’avoir toujours un coup d’avance sur lui. Application des lois du cinéma et de [la littérature] à la politique : Un bon acteur, une bonne histoire, un bon récit. Cohérence entre le héros et un scénario… superproduction politique, l’histoire d’un héros qui incarne la promesse du nouveau. L’émotion, la famille, éventuellement les drames… usage toujours croissant de la fiction… on ne se contente plus de raconter une histoire, on projette de faire rentrer complètement autrui dans une réalité virtuelle que l’on a construite de A à Z.

  49. Le management négatif… l’art de désorganiser les groupes, l’art d’atomiser, de morceler, de fragmenter les collectifs, donc l’art d’instiller de l’individualisme. En politique, la maîtrise de cet art est plus importante que les idées elles-mêmes et que le débat sur ces idées. Car en effet, l’infrastructure des idées, c’est la capacité d’organisation des groupes humains qui les supportent. Pour rendre impossible l’expression de telle idée sans jamais la censurer explicitement, il suffit de désorganiser le groupe qui la soutient. La censure indirecte, par désorganisation, découragement, démotivation du groupe est une stratégie de contournement qui a fait ses preuves… Un groupe disloqué ou juste incapable de s’organiser n’est plus en mesure de soutenir telle idée ou telle valeur. Avant même de polémiquer sur les idées et les valeurs, il faut donc déjà réfléchir à la capacité de soutenir, propager, diffuser des idées, des valeurs, des représentations. Autrement dit, le débat sur l’organisation du groupe précède le débat sur les idées à défendre. Qui sait organiser et désorganiser les groupes humains détient le pouvoir suprême. Car il détient le pouvoir de faire exister ou non les idées. Donc le pouvoir de produire ou d’éteindre les comportements. L’architecture sociale commande aux idées, qui commandent aux comportements, qui construisent la réalité.

  50. Modes d’organisation des groupes… modes relationnels ou discours :  le discours du maître, où le chef domine ; le discours de l’hystérique, où l’individu domine ; le discours universitaire, où le savoir domine ; le discours analytique, où l’incertitude domine.

  51. La formation d’un ensemble humain, donc l’organisation d’un groupe, requiert de soumettre les individus à une hiérarchie verticale, à un discours du maître, une autorité, une Loi.Ce rapport de tous les individus à une autorité transcendante est le seul moyen pour que les individus de ce groupe se perçoivent comme unifiés avant d’être des individus, donc comme les membres d’un seul organisme, condition sine qua non pour assurer leur cohésion systémique, leur solidarité et leur efficacité dans l’action. C’est ainsi que leur multitude sera coordonnée et qu’ils agiront « comme un seul homme ».

  52. Organiser un groupe, c’est toujours le faire reposer sur des valeurs que l’on rassemble sous le terme de « virilité » : structure, discipline, encadrement, autorité, cohésion et solidarité. De fait, pendant des millénaires, la passion masculine a toujours été d’organiser des groupes, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.

  53. Le tout-phallique ou la fonction phallique : C’est se reconnaître dans un ensemble, une communauté plus grande que nous et à laquelle nous sommes prêts à sacrifier notre vie individuelle car nous n’existons pas en dehors d’elle. Dans cette optique, il n’y a de jouissance à être que collective, il n’y a de sens à la vie qu’en commun, ce qui rend l’individu capable de se battre jusqu’à la mort pour défendre les idées de son groupe de référence… Pour qu’il y ait organisation durable et efficace, il suffit d’être prêt à mourir pour ses idées.

  54. La théorie de la jeune fille… ou le “ pas tout-phallique” : Manager négativement pour désorganiser un groupe ennemi suppose par conséquent de le faire entrer dans un processus « pas-tout-phallique » portant à contester les valeurs du Père pour adopter celles de la “bimbo”… Figure de l’individu désorganisé, du pur individu à un niveau d’analyse archétypal et symbolique. La Jeune-Fille n’est que le citoyen-modèle tel que la société marchande le redéfinit à partir de la Première Guerre mondiale, en réponse explicite à la menace révolutionnaire. C’est la figure du citoyen dépolitisé… qui ne se préoccupe plus du politique…devenu simple consommateur. Dépolitiser et désorganiser sont ainsi strictement synonymes de faire entrer dans la consommation et le Spectacle. En d’autres termes, pour désorganiser un groupe, il suffit de le « jeune-filliser », c’est-à-dire de féminiser et juvéniliser son système de valeurs.

  55. Tout d’abord, pourquoi féminiser ? Du point de vue structural, les femmes sont ces individus qui, par définition, ne sont pas-tout-phalliques, qui jouissent certes partiellement comme les hommes, c’est-à-dire qui trouvent aussi du sens à la vie en collectivité, mais qui pour être femmes, donc différentes des hommes, se réservent le droit d’être hors-la-loi, subversives, de ne pas entrer dans le jeu des contraintes sociales et donc de refuser l’organisation structurée des groupes, organisation toujours perçue comme masculine, voire phallocrate ou machiste, donc répressive et mauvaise, refus du politique qui les conduit à chercher du sens dans la sphère de l’intime, de l’érotisme et du fusionnel. Quête éternellement vouée à l’échec, le sens n’advenant que dans le social et la distinction.

  56. Appuyer sur cette propension féminine, hystérique quand elle devient dominante, à la jouissance individualiste, en d’autres termes persuader un groupe d’adopter des valeurs plus féminines, orientées vers l’intime et la sexualité, permet de dépolitiser un groupe et de rendre son organisation impossible, donc de faire disparaître ses idées à plus ou moins long terme, ainsi que sa dangerosité éventuelle. Le contrôle social vient ainsi se loger dans des endroits où on ne l’attendrait pas, notamment dans la presse féminine de tous âges.

  57. Pourquoi juvéniliser pour désorganiser ? Cette juvénilisation nous met sur la pente de l’infantilisation et d’une régression pré-Œdipienne vers les processus primaires du psychisme, c’est-à-dire les processus à court terme, immatures et marqués par l’émotionnel, l’irrationnel et la « pensée magique », sur lesquels s’appuient tittytainment et storytelling. Plus largement, pour désorganiser-dépolitiser un groupe et le rendre inoffensif, il suffit d’attaquer son Œdipe. Le complexe d’Œdipe est le moment où s’intériorise la structure mentale primordiale au fondement de toute vie humaine socialisée et organisée : c’est le moment où advient la capacité mentale de se représenter un organigramme, un système articulé de places différenciées. En un mot, l’aptitude à la dialectique et à la politique. Le proto-organigramme, qui sert de matrice à tous les autres, est le système psychoculturel de distinction ET d’articulation coopérative entre les places des hommes et des femmes d’une part, des parents et des enfants (par extension des jeunes et vieux) d’autre part. Attaquer l’Œdipe d’un groupe, attaquer son système de distinctions primordiales entre genres (hommes/femmes) et entre générations (parents/enfants), c’est attaquer toute sa faculté à se constituer un organigramme, donc le faire basculer dans l’impotence organisationnelle et le réduire à des individus juxtaposés, incapables de communiquer et de coopérer. Faire la promotion de l’indistinction des rôles et de l’échange des places, faire passer le désir personnel avant le respect de l’organigramme du groupe, tout cela facilite l’expression de l’individualisme pas-tout-phallique et relève donc de stratégies de désorganisation.

  58. Au niveau comportemental concret, cela se traduit par une culture du spontané, de l’impulsif, du viscéral, du versatile, du flexible et de la recherche de résultats immédiats, induisant une incapacité à la concentration, à la planification et à l’élaboration de stratégies sur le long terme. La bimbo, ou la pulsion de mort personnifiée…

  59. Après des décennies de management négatif, le pas-tout-phallique et l’individualisme dés-Œdipianisé sont en passe de devenir dominants dans les classes populaires (petite bourgeoisie, classes moyennes, prolétariat), où ils provoquent déjà toutes ces tendances sociétales pathologiques de dévaluation de la virilité, de survalorisation de la féminité, d’enfant-roi hyperactif et de mépris pour les anciens, induisant pour finir une impuissance organisationnelle totale. Les couches sociales supérieures au plan économique subissent ces virus mentaux de plein fouet également, mais l’argent est un puissant facteur de lien social (intergenre et intergénérationnel), qui leur permet de conserver encore une relative cohérence.

  60. Le biopouvoir… En effet, il nous semble qu’au-delà du pouvoir sur les esprits, c’est bien un contrôle direct de la vie, au sens strictement biologique du terme, qui est recherché par l’ingénierie sociale, dont l’éthos s’affirme comme l’incapacité à vivre et laisser vivre sans intervenir sur le cours naturel des choses. Cet interventionnisme… traduit… un projet politique, celui porté par le mondialisme, et dont les conséquences pour la vie, au sens biologique du terme, seront pires que le nazisme et le stalinisme réunis.

  61. L’ingénierie sociale mondialiste se place… sous le signe… de… la civilisation technologique… la possibilité de tout faire de tout. La possibilité de faire entrer la réalité dans une combinatoire sans fin… plasticité, flexibilité, possibilité de réécriture complète du donné naturel, et ainsi contrôle total sur ce donné naturel, minéral, végétal ou animal, environnemental ou subjectif.

  62. La civilisation technologique… la rationalisation scientifique du vivant, est l’outil définitif du pouvoir politique. Dès lors que le vivant peut être intégralement quantifié, numérisé, explicité, chosifié, il peut devenir objet d’une gestion sérielle, production industrielle intrinsèquement docile au pouvoir car programmable et conditionnable dès l’origine.

 

INGÉNIERIE SOCIALE ET MONDIALISATION, par le Comité invisible…

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