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La communauté invisible émotive : la dimension active de la littérature

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Dans le même mouvement par lequel toute véritable œuvre littéraire génère un écrivain, elle génère une communauté de lecteurs. Un écrivain n’a pas grand-chose à voir avec un auteur bardé de prix littéraires et gonflé de reconnaissance sociale, un écrivain est plutôt un membre primordial d’un cercle d’initiés qui se constitue autour d’une œuvre. En ce sens, on peut considérer que la dynamique initiatique est essentielle à la vie littéraire dans son ensemble. Cette communauté d’initiés qui se constitue autour de l’œuvre de tel ou tel écrivain n’est pas clandestine, mais invisible et le plus souvent secrète à chacun de ses membres. Elle n’en existe pas moins pour autant. Michel Leiris considérait que cette communauté invisible était pour lui, en tant qu’écrivain, la seule chose importante. Il y a entre les lecteurs d’un même écrivain un lien qui se noue en amont de nos individuations respectives, un lien que Gilbert Simondon appelle «transindividuel» : il ne s’agit pas d’un lien social déterminé, mais d’une communauté émotive autour d’une œuvre, sous-jacente à l’ordre social, à la fois fluctuante et active. Nul besoin de se constituer en associations pour faire exister ces liens transindividuels, ils nourrissent le corps social à son insu et sont la dimension active, profondément initiatique de la littérature.

 

Garnier, Xavier. « A quoi reconnaît-on un récit initiatique ? », Poétique, vol. 140, no. 4, 2004, pp. 443-454.

 

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