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Danièle Obone l’Africaine dans les couloirs du temps

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Les couloirs du temps sont une fiction politique écrite par Harpalus, un auteur collectif derrière lequel se cachent les rédacteurs de l’hebdomadaire français Valeurs Actuelles. Cette fiction politique met en scène des personnages de la République française en les projetant dans les couloirs du temps à une époque particulière de l’histoire. Cette fiction vise à éclairer les actions actuelles, s’extraire du présent pour mieux le penser et pour mieux décider de l’avenir. À l’instar de la science-fiction, la politique-fiction vise à anticiper, à mener une réflexion sur l’avenir à partir du présent, voire du passé en mettant les personnages dans des situations que l’on peut dire expérimentales.

Dans les derniers épisodes des Couloirs du temps, Valeurs Actuelles projette dans la réalité parallèle les personnages tels que François Fillon, Didier Raoult, Éric Zemmour et Danièle Obono. Chaque personnage est une perspective, un point de vue, une façon de considérer la France à l’heure actuelle… une ligne éditoriale. Avec François Fillon, il s’agit de dénoncer la « dictature de la minorité » et de faire la critique du progressisme. Avec Didier Raoult, on met en scène la répétition de l’histoire, l’encouragement de l’effort de guerre et le choix de l’efficacité, du pragmatisme dans la lutte contre la pandémie actuelle selon le triptyque : prévenir, soigner, guérir. Avec Éric Zemmour on met en scène l’amour de la France et pour peu qu’on l’aime on peut changer le cours de son histoire. On établit le fait que l’avenir de la France dépend de son aile droite, notamment de la droite bonapartiste garant de la grandeur et de la victoire. Dans son numéro du 27 août 2020, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles projette dans les couloirs du temps Danièle Obono l’Africaine.

La fiction montre Danièle Obone projeter de façon merveilleuse (relative au merveilleux) en Afrique. On note trois tableaux : le Danièle Obono de Paris, le Danièle Obono de l’Afrique et le Danièle Obono de Marseille. À Paris Obono vit un « indécrottable racisme » marqué par la moquerie à l’égard des personnalités non « immaculées » telle que Sibeth Ndiaye ou encore Christiane Taubira.

Sur le tableau africain, le récit se focalise sur la psychologie de Danièle, son physique et des efforts qu’elle doit faire pour plaire. Le récit africain met en scène les questions suivantes : les dangers de l’immigration, la condition de la femme et la responsabilité des Africains dans la traite des noirs.

Le thème de l’immigration est soulevé par l’évocation du chanteur Manu Chao à travers son titre Clandestino. Danièle Obono siffle « l’air insifflable de Cladestino de Manu Chao, son morceau préféré ». Le terme insifflable ici indique que l’on est contre… Dans le morceau Clandestino, Manu Chao montre un homme perdu au cœur de la grande Babylone. Il se dit clandestin car sans papiers. Par cette évocation de la question de l’immigration on met en rapport la fiction de Obono l’Africaine avec son auteur perdu dans la brousse de Harpalus à savoir Laurent Dandrieu. Selon Wikipedia, il serait l’auteur de « Danièle Obono, au temps de l’esclavage ! ».

En 2017, Laurent Dandrieu écrit L’église et l’immigration : le grand malaise. Il y développe la thèse selon laquelle l’immigration incontrôlée menace de disparition la civilisation européenne. L’Europe a à se réveiller, endiguer le flot migratoire, reprendre le contrôle de ses frontières et de son destin. Le principal adversaire de l’Europe vis-à-vis de sa politique immigratoire serait l’Église catholique en référence notamment au mouvement des sans-papiers de 1996. Le rôle de l’église dans la question de l’immigration, dans la fiction, est symbolisé sous les traits d’un religieux français appartenant à un ordre de mendiants par l’intervention duquel Danièle Obono opère la traversée de la Méditerranée pour la France via Marseille. Méditerranée qui incarne l’idée d’immigration et Marseille qui est le symbole même de l’immigration en France. Parce que le religieux français appartient à un ordre de mendiants, on véhicule l’idée que l’immigration peuple la France de mendiants.

Le récit africain de la fiction politique soulève la problématique de la condition de la femme. À travers notamment le thème de la marchandisation du corps de la femme. L’expression « marchandisation du corps de la femme » est répétée à plusieurs reprises. Or en littérature, la répétition fait sens. Ce que l’on veut dire se trouve dans ce que l’on répète. Il semblerait que Danièle Obono récuse la marchandisation du corps de la femme comme moyen d’émancipation ou comme canal de promotion sociale. L’auteur derrière la fiction semble reprocher à Danièle Obono ce positionnement féministe comme on l’entrevoit dans l’extrait qui suit :

« Danièle était arrivée à Tripoli au bord de l’agonie, mais vivante. L’humiliant rituel du marché lui fit revenir à la mémoire, par l’une de ces associations d’idées inconscientes, l’expression « marchandisation du corps de la femme », qu’elle avait toujours récusée avec mépris comme inventée par les adversaires du droit des femmes à disposer librement de leur corps. Sans savoir ce qu’elle faisait, elle murmura entre ses dents, plusieurs fois, « marchandisation du corps de la femme »…

Dans l’extrait qui précède Harpalus (Laurent Dandrieux ?) établit une équivalence, une identité entre la marchandisation de la femme dans le cadre d’une pratique esclavagiste et la marchandisation de la femme dans le cadre d’un acte militant. L’auteur dans la logique du récit politico-fictionnel construit, semblant prendre position pour « le droit des femmes à disposer librement de leur corps », inconsciemment, prend fait et cause pour l’esclavage qui serait un droit à disposer librement de son corps. Mais ici se dégage l’idée principale de son texte à savoir l’esclavage n’est pas une invention et une pratique occidentales

Le tableau africain de la politique-fiction met en scène Danièle Obono dans un monde parallèle où elle serait esclave « par-delà les siècles et les kilomètres, du Paris du troisième millénaire et de son bureau de députée La France insoumise ». Dans ce monde, elle plaide pour libérer les femmes des « traditions imposées par l’ordre patriarcal et pour une répartition des tâches plus équitable et moins genrée », elle formule des propositions visant la réforme de l’organisation des rapports sociaux et matrimoniaux au sein de la communauté. Elle prône pour l’alternance politique et pour le suffrage universel. À cause de son action progressiste on décide de la vendre comme esclave. Dès lors Danièle Obono, « la députée insoumise expérimente la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage ». Mais derrière cette responsabilisation de l’Autre (qui s’avère factuelle), il y a, sous-entendue l’idée que la France devra compter pour changer le cours de son histoire avec le flanc droit, conservateur et autoritaire. Parce que le progressisme, reproché à Danièle Obono, s’oppose au conservatisme, à l’ordre établi, la gauche s’opposant à la droite.

Après le Danièle Obono de Paris, le Danièle Obono de l’Afrique, le Danièle Obono de Marseille. Ce tableau a pour quintessence la morale (menace ?) suivante : « Il n’y avait qu’une chose importante au monde : aimer et être aimé. Tout le reste n’était que mascarade et esclavage ». C’est finalement ce qu’apprend Danièle Obono en considérant la clausule de la fiction :

« Elle souriait parfois en se rappelant comme il lui paraissait autrefois crucial d’être, à tout prix, insoumise. Elle savait désormais qu’il n’y avait qu’une chose importante au monde : aimer et être aimé. Tout le reste n’était que mascarade et esclavage ».

La leçon qu’apprend Danièle Obono est qu’il faut aimer et se laisser aimer tout le reste n’est que mascarade (fiction, divertissement…) et esclavage (privation de liberté, non maître de soi et de son destin, incapacité à se projeter vers l’avenir…).

On voit se décliner le double message : un en l’endroit de Danièle Obono (icône, ce qu’elle représente) et l’autre à l’endroit de la France.

En direction de la France, on comprend que le thème de l’amour renvoie à l’impératif de l’amour de la France : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ». La préoccupation principale de Valeurs Actuelles à travers ses fictions politiques étant la grandeur de la France, l’hebdomadaire souligne le fait de la France à risquer perdre la maîtrise de son destin, à vouloir tolérer l’immigration et à se laisser guider par la dictature de la minorité. Surtout si cette minorité-là brise le plafond de verre, devient le représentant de la majorité, véhicule de civilisation, de diversité, de multiculturalité, de progrès social, de métissage…

À l’égard de Danièle Obono, on entend d’elle d’être soumise. C’est-à-dire d’aimer la France et de demeurer dans le cadre que lui réserve la France. Le sens militaire du terme insoumis, au-delà de l’indépendance et de la désobéissance, qualifie un soldat qui n’a pas satisfait à ses obligations, qui ne s’est pas rendu là où il devait dans les délais prévus. Les obligations de Danièle Obono et ce qu’elle représente sont de satisfaire à l’amour de la France. Il y a une place qui est réservée à Obono. C’est là qu’on l’attend en toute docilité : la place de la femme affectée aux tâches ménagères.

« Ce n’était donc pas pour assouvir ses fantaisies sexuelles qu’il avait fait l’acquisition de cette esclave mais parce que sa maison, un peu désordonnée, avait grand besoin d’être confiée à une femme d’autorité, et qu’il avait senti chez Danièle une forme d’énergie positive qui serait capable de remettre sa maisonnée à l’endroit ».

Pour se remettre à l’endroit, la France a peut-être besoin de tous ses fils et filles. Le disant on est soudain plongé en 1945. On longe les couloirs du temps pour reparaître en 1998. On est aussitôt happé par un trou de ver qui ouvre sur un terrain de football en 2018. Au loin on entend comme dans un vacarme venant des tribunes officielles : « On n’est jamais si victorieux qu’entre Blacks, Blancs, Beurs. Sans A, Paris serait Pris ».

S’agissant de l’esclavage, de la traite négrière, tous ceux qui de près ou de loin y ont participé, sont responsables fussent-ils abolitionnistes. L’esclavagiste Occidental, n’est pas moins esclavagiste qu’un esclavagiste Arabe ou Africain. Respectez la douleur des peuples qui ont souffert. Il n’y a pas de douleur moins douloureuse qu’une autre. On est donc convié d’arrêter la hiérarchisation.

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