Il existe une montagne invisible où vivent les épousées assises à la table des noces, à la table de la paix. Ces épousées, sont les filles de la montagne. À chaque saison, la montagne met au monde une fille. Quand vient la saison de l’étreinte, elle descend dans la vallée, dans la forêt à la rencontre de l’amant. À chaque génération, la fille de la montagne a son correspondant, l’élu, dans le pays des amants.

La fille de la montagne descend de la montagne parée de l’ocre et du kaolin. Elle est féconde, d’une fécondité à rendre verdoyant le désert. Dans le pays des amants, la fille de la montagne, la dernière-née, se manifeste à l’élu par une ambiance parfumée ou par la chair de poule. Elle attend de l’amant son regard. Le regard de l’amant la comble et l’étreint.

Si l’élu n’est pas attentif aux signaux, s’il n’a pas les yeux qui voient derrière toute chose, s’il n’a pas encore l’âge où les masques révèlent leurs secrets, la fille de la montagne qui n’aime pas qu’on lui soit indifférent rend malade l’élu en lui causant fièvre, amaigrissement, saignement du nez, spasmes, parole délirante…

Au niveau de la communauté, au niveau du pays des amants, la colère de la fille de la montagne se caractérise par la sécheresse, l’attente, la soif, le vide. La montagne se tait. La saison sèche perdure, ainsi que la faim, la maladie et la soif. Au niveau du pays des amants, le ciel est inadéquat. Il ne correspond à rien. “Il se contente d’être au-dessus des têtes, inutile, insensible à la longue attente des champs brûlant de soif”.

À chaque saison, il y a un élu qui lorsqu’il n’étreint pas la fille de la montagne cause aux niveaux communautaire et individuel douleur et souffrance. L’étreinte avec la fille de la montagne, l’accord du regard, conclut la noce qui apporte la réconciliation et la paix. Et avec cela, la fécondité qui verdit même le désert.

En attente de l’élu, la fille de la montagne se tient là, “pareille à la torche de résine sur le point de s’éteindre, sans une main pour ranimer la flamme”. Face au ciel inadéquat qui s’impose, qui ne correspond à rien et qui se contente d’être au-dessus des têtes, inutile, la fille de la montagne à ses sœurs déclare : “mon chemin n’a rien d’un raccourci. Rien de l’allée pavoisée de vos triomphes. Je n’avance pas. Je tâtonne”. Et ses sœurs de répondre : “Ombre sera étreinte”. Chaque génération a son élu.

Référence

Laurent Owondo, 1985, Au bout du silence, Paris, Hatier.

“Un ciel inadéquat. Il ne correspond à rien, surtout pas à octobre”.

“Les jours passent et toujours pas les nuages sombres qui doivent le tourmenter en pareille saison. Il se contente d’être au dessus des têtes, inutile, insensible à la longue attente des champs brûlant de soif”.

“C’était cela. La soif, l’attente, le vide”

Rediwa : “La montagne se tait”.

Anka : “ La montagne se tait. C’est quand la saison sèche refuse de finir”.

“Sans la moindre rosée depuis longtemps, la terre sera avare”.

“La caresse de l’aïeul le faisait se tourner en pensée vers la rivière de gros galets qui se jetait à la mer du côté où le village se finissait. Elle si grosse en pareil saison, n’était plus qu’une rigole qui découvrait les pierres de son lit”

“l’inquiétude de tout le village”

“Une montagne secrète se profile à l’horizon de qui peut la voir”

“la montagne accouche d’une fille qu’elle pare d’ocre et de kaolin. Cette fille, née par la seule force des soupirs, est féconde; d’une fécondité à rendre verdoyant le désert le plus aride”

“Il n’en saurait être autrement” “Voilà mille saison que la montagne accouche”

Les épousées : “Ombre sera étreinte”

“Le pays des amants”: “la contrée d’où monte les appels”

“La dernière-née” : “elle avait le visage ocre et kaolin”

“au rendez-vous des pleines lune”

“Elle abusait de la fièvre, jusqu’à brûler les fronts, jusqu’à glacer la chair”

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