Lorsque l’armée d’un pays pour une raison où pour une autre ne peut plus jouer son rôle de défense et de protection de la société civile, cette dernière n’a pas d’autre choix que de se défendre par elle-même.

Lorsque la défense militaire capitule où se trompe d’ennemi en faisant du peuple qu’il est censé protéger sa cible, ce dernier a à déployer une défense civile. Dans le meilleur des cas, la défense civile est un complément à la défense militaire contre l’hostilité d’un ennemi souhaitant envahir le pays. C’est donc une stratégie de redondance qui organise le peuple en vue de la défense du pays si les lignes militaires cèdent aux assauts d’une force étrangère.

Au même titre que la défense militaire, la défense civile est un instrument de dissuasion et la marque de la cohésion d’un pays. Qu’en est-il lorsque l’armée a pour ennemi désigné le peuple dont il sert de rempart ?

Cette configuration se voit de plus en plus dans de nombreux pays notamment africains où l’armée semble-t-il n’a plus que pour seul prérogative la protection d’un seul individu ainsi que ses intérêts n’hésitant pas à tirer sur le peuple juste pour voir perdurer le système organisé pour pérenniser l’hégémonie du seul.

La vocation de l’armée

Il parait déraisonnable de risquer la disparition d’un  peuple juste pour soutenir, nourrir et entretenir les caprices d’un homme ou d’une famille. Soit l’on parvient à un équilibre des forces, soit l’on accède à la pleine conscience qu’un peuple pour être fort se doit d’être solidaire, qu’une armée pour être forte se doit d’être compacte avec son peuple. Une armée non solidaire à son peuple est bien suicidaire.

Une armée a pour vocation la défense de la société civile. « La fonction assignée à l’institution militaire est de protéger la société civile, comme un rempart protège une ville ». La grande question demeure celle d’éveiller l’armée à la pleine conscience qu’il lui incombe de protéger le peuple. Un pays doit pouvoir survivre et se perpétuer au-delà des individus qui menacent la survie du groupe. Il demeure plus que stratégique, sage, judicieux d’ôter ce qui ronge et gangrène la société plutôt que de se faire ses vassaux.

Le groupe d’abord. Le pays d’abord. Les individus passent et ne peuvent en aucun cas être la raison d’existence d’une nation. Autrement dit un peuple  ne peut pas vivre pour un individu et un individu ne peut pas avoir pour droit la volonté de décider l’extinction de tout un peuple.

C’est pourquoi il faut penser plus que jamais l’harmonie du groupe et ne pas hésiter d’user des prérogatives militaires pour préserver l’ordre et favoriser le bien-être du groupe. Cela passe par le refus d’obéir à des ordres injustes notamment ceux-là qui demandent aux héros de la nation de se porter en bourreaux du peuple.

Le choix du peuple

Face au jeu démocratique, l’armée doit savoir neutralité garder et se mettre au service des institutions civiles conformément au choix du peuple. Chaque année qui passe, et notamment celles marquées par des confrontations politiques d’ordre électoral, on s’inquiète de voir les événements se dérégler d’une crise politique vers une crise militaire. On ne peut contenir longtemps le déferlement, la libéralisation de la violence qui ne manquera pas d’être effective dans sa radicalité si l’on use pas de responsabilité.  On observe que chaque élection présidentielle donne lieu à des conflits majeurs par le simple fait que les institutions sont mises au service de l’injustice. Or l’injustice est la mère de toutes les violences en ce qu’elle prive l’homme de sa dignité et de sa liberté. Le peuple vote. On tire sur lui parce que l’on refuse de se plier au respect du droit, ce droit qui donne au peuple force et pouvoir de consentir librement au choix de qui il veut pour leader.

Le risque majeur

De plus en plus, la répression s’endurcit. Et de l’autre le peuple s’aguérrit et acquiert un esprit de défense qui l’amène à lutter contre quiconque voudrait porter atteinte à ses droits fondamentaux. Le scénario est tel que chacun peut rester sourd à chacun. Les détenteurs de la force peuvent continuer à tirer sur le peuple et à s’imposer par la force. De l’autre, cette attitude forge le mental du peuple et le pousse vers le seuil de résistance, c’est-à-dire vers ce seuil psychologique où les hommes deviennent tétanisés à la souffrance et réagissent de manière imprévisible. Un peu à la manière de cet enfant dont on a pris le malin plaisir de frapper. Un jour alors que l’on s’acharne à le frapper de nouveau, il jette un regard de défi à qui le frappe, devenu insensible aux coups qu’il reçoit et surtout désormais devenu très impoli. Méconnaissable et irrévérencieux.

On risque d’entrer dans une configuration des choses où tout devient possible du point de vue bestial. Or l’on peut éviter cette bestialité. Personne n’a intérêt à favoriser des situations qui poussent à la guerre qui pourra s’ensuivre tôt où tard si la raison et l’intérêt commun ne prévalent pas sur les égocentrismes.

Il va de soi qu’il demeure important de résoudre les conflits. Ils se résolvent en ne les alimentant plus du carburant qui les font mouvoir. Si l’origine du conflit dépend de causes électorales, il est responsable de laisser le jeu électoral se faire sans intervention d’aucune sorte venant entacher le processus électoral. Au terme de celui-ci, laisser s’épanouir dans son effectivité le transfert du pouvoir à celui que le peuple aura  porté légitimement aux rênes.

Cela ne sert à rien de tuer à chaque élection présidentielle le peuple, de demander par la suite un dialogue qui aboutira à une modification constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs de la cause du mal. La résolution du conflit consistera à laisser se jouer le jeu démocratique et à permettre à tous de vivre dans le type de société qu’ils auront choisi avec les leaders qu’ils engagent à porter la destinée commune.

La défense civile

En l’absence de neutralité de ses institutions face au problème de l’injustice, le peuple n’a d’autre choix que de se défendre et de déployer une défense civile. Car « la défense est l’une des fonctions vitales de toute société ». Face à l’asymétrie des forces, la défense civile puisera son efficacité dans une attitude de lutte non-violente. La non-violence ici est une méthode politique destinée à résoudre des problèmes politiques. La stratégie qu’elle déploie vise à mettre en oeuvre une force de contrainte qui oblige l’adversaire à renoncer à toute tentative d’agression ou de domination. La défense civile non violente lutte contre l’injustice. Elle est une posture de résistance civile qui planifie et met en oeuvre des actions collectives de non-collaboration. L’axe central d’une stratégie de résistance non-violente est l’organisation du refus de la collaboration. L’objectif est la société civile, le contrôle des institutions de la société civile et l’exercice du contrôle effectif sur elles. « La défense civile non-violente vise à préparer les opérations de résistance civile ».

La dissuasion civile non-violente

La résistance civile vise la dissuasion. « Comme toute politique de défense, la défense civile non-violente doit avoir pour finalité première de dissuader un adversaire potentiel d’engager les hostilités, c’est-à-dire de le convaincre que les coûts de son agression seront supérieurs aux gains qu’il pourrait en espérer » (Mellon, Muller et Sémelin, 1985). Plus l’oppression se fera criarde, plus le peuple réagira par une opposition obstinée de non-collaboration, plus les coûts de l’oppression en matière idéologique, politique, diplomatique, sociale et économique seront élevés. L’on s’attend à ce que l’oppresseur face preuve de rationalité et aie la grandeur de s’effacer pour le bien de tous. Sinon, que l’armée prenne pour cause la raison du peuple.

Référence

Christian Mellon, Jean-Marie Muller, Jacques Sémelin, 1985, La dissuasion civile : principes et méthodes de la résistance non-violente.

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