- Tat mbolo.

- Mwane mbolo. Sambâ ! Que me vaut l’honneur de ta visite ?

- Tat, parle-moi un peu de l’hymne nationale du Gabon, la Concorde.

- Tu as amené avec toi la noix de cola.

- Non Tat.

- Ton grand-père a la bouche fermée.

- Comment ça Tat !

- Ma bouche est fermée aujourd’hui mon enfant.

- Attends-moi. Je trace vite fait chez le malien.

[...]

- Toi y en a là ?

- Oui Tat. Je t’ai apporté la noix de cola.

- Donne ta main. Pose la noix sur ma main en tirant mes doigts. Voilà. C’est comme ça. Il faut savoir faire parler les vieux. Hum! Quelle est délicieuse et tendre ta noix. C’est exactement ce qu’il faut pour délier ma langue et pour m’ouvrir la bouche. Maintenant demande ce que tu veux savoir.

- Tat, c’est quoi la félicité ? Notre hymne nationale dit qu’ unis dans la concorde et la fraternité, éveille toi Gabon, une aurore se lève encourage l’ardeur qui vibre et nous soulève. C’est enfin notre essor vers la félicité. Elle dit aussi qu’éblouissant et fier, le jour sublime monte, pourchassant à jamais, l’injustice et la honte. Qu’il monte, monte encore et calme nos alarmes, qu’il prône la vertu et repousse les armes. L’hymne continue en disant que les jours heureux rêvés par nos ancêtres arrivent enfin chez nous, qu’ils réjouissent les êtres et chassent les sorciers, ces perfides trompeurs qui répandent le poison et sèment la peur. L’hymne poursuit en montrant que pour que le Gabon immortel reste digne d’envie, oublions nos querelles et ensemble bâtissons l’édifice nouveau auquel tous nous rêvons. L’hymne termine en nous exhortant à demeurer vigilant.

- D’accord.

- Ce que moi je voudrais savoir Tat, c’est quoi la félicité ?

- Hum, fils, ta noix de cola-là, c’est vraiment du bonheur ! Je vois à présent le livre de la nature gezageza, transparent. Maintenant sois gozigozi, attentif.

- Oui Tat, je suis kèlèkèlè, suspendu à tes lèvres.

- Damas Aleka a écrit l’hymne nationale du Gabon en 1960 alors qu’il était aux Etats-unis. Il a créé la mélodie à l’aide de son accordéon.  La concorde présente un projet de société construit sur des valeurs.  Des valeurs qui sous-tendent l’objectif à atteindre. La concorde est un projet. Un fait de se projeter dans l’avenir. Elle se présente comme un programme ordonné vers une fin. Cette fin c’est la félicité. Cette dernière se vivra à partir d’un temps rêvé que l’on appelle le jour.

- Tat, la félicité c’est le but ? Jusque là je ne comprends pas ce que c’est.

- Mwane, la félicité, c’est le bonheur.

- C’est pourquoi dans l’hymne nationale on parle des jours heureux.

- Oui. Le bonheur, c’est la bonne heure, le bon jour, le moment propice d’éclosion et de réalisation de l’objet attendu, rêvé, désiré. C’est la joie, la paix, la sûreté, la liberté, l’épanouissement et la prospérité. C’est la vie dans la sérénité.

- Tout ça me semble abstrait, Tat.

-  Je vois. Voila ce que disent les pères. Le Gabon est une union de plusieurs peuples en vue d’une finalité commune. Cette finalité c’est le bonheur commun, la félicité commune. Lorsqu’on parle de félicité commune cela sous entend la justice, la justice sociale. A l’intérieur, il y a aussi l’idée de sûreté, ce qui passe par la liberté et la garantie des droits et le respect des lois.  Pour le moment, les Gabonais ne vivent pas la félicité parce qu’ils sont dans le noir, parce qu’ils sont dans la nuit, la nuit noire. Toutefois, quelque soit la durée de la nuit, viennent l’aurore et le jour.

-Tat, les Gabonais sont dans le noir comment ?

- Mwane, la nuit du Gabon se caractérise par l’injustice, la perte des vertus, la menace par les armes, la sorcellerie, les querelles partisanes, l’incapacité à bâtir et à construire le Gabon et surtout l’incapacité à défendre le Gabon. L’injustice est dans le fait par exemple que sur un million d’habitants seuls deux ou trois familles s’accaparent de toutes les richesses faisant vivres le reste de la population dans une insoutenable misère et dans un sentiment d’insécurité.

- Tat, la sorcellerie, ça n’existe pas. Tu ne vas pas croire à ces choses-là !

- Mwane, si le mot existe, la chose existe. Pour aller vers la félicité, cela suppose une politique, c’est-à-dire une somme d’actions bonnes basées sur l’unité, la concorde et la fraternité. Cela consiste à poursuivre et à asseoir le bonheur commun donc la justice. Il demeure nécessaire alors de pourchasser l’injustice, de repousser les armes, de chasser les sorciers, d’oublier les querelles, de bâtir le Gabon et de demeurer vigilants contre tout ce qui tenterait de plonger et de conserver le Gabon dans le noir.

-  Tat, comment on fait pour chasser les sorciers ?

-  Tsira Ndong Ntoutoume dit que pour être sorcier, il faut être fondamentalement méchant, le devenir et le rester. Toi-même tu as vu ce qui s’est passé le 31 aôut 2016 ?

- Oui, Tat.

- Tu as là un exemple de méchanceté tel qu’il faut la refuser,  résister contre, enseigner cette date du 31 août 2016 pour que plus jamais ça. C’est un acte de méchanceté gratuit au cours duquel on a planifié et délibérément porté de vie à trépas le peuple désarmé. Ce genre d’acte favorise les querelles, contrecarre la réalisation de la concorde et surtout freine le développement du pays. Un pays éminemment riche, grand presque comme un village, c’est-à-dire un lieu, avec les richesses qu’il y a, où tout le monde peut vivre vraiment heureux. Si le Gabon n’atteint pas cet objectif de justice sociale, c’est en grande partie dû à l’absence de vertu. Cet absence de vertu amène avec elle sa horde de crimes, d’arbitraire, de sorcellerie, de confiscation du bien commun… Il faut convertir le volume de richesse en valeurs morales et sociales : Prôner la vertu. Pour qu’une république marche, il faut la vertu, c’est-à-dire l’amour de la république, l’amour de la patrie. Or la patrie ou la république c’est l’union de tous les fils du pays assemblés ensemble pour le bonheur commun, pour la félicité de tous. Et non l’union d’un peuple pour la félicité des uns. C’est alors un cancer que seuls des privilégiés s’épanouissent dans un pays où tout le monde est appelé à vivre heureux. Le Gabon est éternel, immortel. Il faut épanouir tout le monde. C’est cela la fin Mwane. La raison d’être  du Gabon est que les Gabonais vivent heureux. Pour atteindre la félicité? il faut humaniser le Gabonais et développer ses capacités et donc le perfectionner.  Cela s’appelle l’éducation. C’est par elle que se transmettent les valeurs nécessaires pour s’orienter vers la félicité. Ces valeurs sont à la fois une somme de savoir, de savoir-faire et de savoir-être, donc des compétences et des capacités qui permettent au Gabonais de bâtir l’édifice nouveau auquel tous nous rêvons.

- Tat, l’édifice nouveau-là, c’est le Gabon nouveau ?

- Oui Mwane. On peut dire ça. Tiens toi bien, l’édifice nouveau-là, c’est cela aussi qu’on appelle la félicité.

- Ah, bon ? Donc la félicité est un lieu ?

- Oui. Tu connais le Mvett, non ?

- La culture fang.

- Oui. Une branche de la culture gabonaise. C’est Tsira Ndong Ntoutoume qui en parle.

- Il dit quoi ?

-  Que la félicité est un lieu.  Le Nyéma. C’est ce lieu, Nyéma, que les Fangs appellent  « Edzô » et les Blancs « Paradis ». C’est là où il ne manque rien et où l’on a besoin de rien car tout est en soi  et l’on est, soi-même, tout ce qu’on peut désirer », « là où on ne meurt pas ». la félicité est donc l’immortalité.

- Ah ! Je comprends maintenant pourquoi on parle de Gabon immortel ! Le Gabon a tout. Il ne lui manque rien pour vivre heureux.

- Oui… Chaque génération a le devoir de combattre pour la félicité, c’est-à-dire pour faire du Gabon un Edzô, un paradis sur terre.

- Bassé !

- Alors unis dans la concorde et la fraternité, éveille-toi Gabon,une aurore se lève encourage l’ardeur qui vibre et nous soulève. C’est enfin notre essor vers la félicité.

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