Littérature et philosophie est le livre dans lequel Grégoire Biyogo expose en 2008 son approche de la littérature et de la philosophie à l’aune de la nouvelle théorie. Dédié à ses anciens étudiants du cours magistral de poétique à l’Université Omar Bongo, ce livre est somme toute son testament intellectuel dans lequel le maître parle à ses disciples et  invite à considérer le métier d’enseignant comme un sacerdoce.

A ses disciples, le maître dit :

- « Demeurer dans la lecture, s’y installer et séjourner de façon inconditionnelle dans l’institution universitaire pour susciter à votre tour des vocations, et inventer de nouvelles générations gagnées par la science »

Ces disciples forment aujourd’hui ce que Biyogo appelle l’Ecole de Libreville. 

Dans Littérature et philosophie Grégoire Biyogo se propose d’étudier la relation entre ces deux disciplines qui se disputent toutes deux « la traduction correcte du sens et de la vérité ». Un sens devenu inachevable et une vérité privée d’essence. Ce sont ces configurations du sens et de la vérité qui deviennent le véritable enjeu de la théorie.

L’objet de Grégoire Biyogo est celui de définir le discours poétique comme porteur de vérité et « inventeur d’une connaissance débarrassée du dogmatisme ». Biyogo part d’une remarque de Platon, celle-là qui consiste à exclure le poème du domaine de la vérité et du sens. Le poème du fait de sa source relevant de l’inspiration assujettit le poète à un discours qui lui vient du dehors et dans lequel n’interviennent pas la raison et la pensée. De ce point de vue le discours poétique ne peut porter la vérité ni le sens. Il est un discours ornemental, divertissant propre à instruire, à enseigner aux hommes la civilité et les bonnes manières en société.  Selon Platon, seul le discours philosophique peut prétendre à l’universel, aux valeurs universelles de la science, de la vérité et du bien. Pas le discours poétique. Le défi de Biyogo est de soutenir à la suite de Martin Heidegger que le poème est la demeure de l’être. Il permet de rendre compte d’une description de la vérité et du sens.

Dans le débat qui confronte ici littérature ( entendue comme fiction méditative) et philosophie se joue d’après Grégoire Biyogo le pari même de la détermination de nouveaux savoirs et de leur délimitation. Ce débat est arbitré par la théorie.  Et pour évaluer ces deux discours la nouvelle théorie convient à une construction du sens et de la vérité. L’ancienne théorie en ce qu’elle a de dogmatique, d’arrêté et de totalitaire échoue à rendre compte du sens et de la vérité. La nouvelle théorie est « invitée à déconstruire son propre récit, à rompre avec la tentation unitaire et totalitaire.  [Elle] va adopter une démarche qui est non seulement une rectification par rapport à ses positions catégoriques antérieures, [et va] cesser de construire des savoirs marqués par l’absolutisme, des méthodes et des énoncés rigides ». La nouvelle théorie selon Grégoire Biyogo produit des énoncés « protreptiques ». Des énoncés destinés à tourner  [...] les théoriciens vers la conversion au nouveau paradigme, fondé sur le gai savoir de Nietzsche, le néo-pragmatisme de Rorty, le déconstructionnisme de Derrida, l’interrogativisme de Meyer et la conception néo-sceptique de la vérité (dans laquelle se positionne et qu’élabore Grégoire Biyogo).

Ce qui est commun entre littérature et philosophie :

  1. L’effort pour réinterpréter le sens.
  2. La lecture.
  3.  La traduction.
  4. L’interprétation.
  5.  La vérité.

Grégoire Biyogo divise Littérature et philosophie en deux parties :

  1. Le cadre méthodologique, heuristique et pratique du débat.
  2. L’exposition et l’arbitrage des querelles.

Dans son entreprise, il s’agit de débarrasser la théorie de trois illusions tenaces :

  1. Le mythe de la transparence du sens et de la vérité.
  2. Le mythe de la vérité stable.
  3.  Le mythe d’une vérité-exactitude.

L’objet de la théorie littéraire est la littérarité : ce qui distingue un texte littéraire d’un tout autre texte à savoir les procédés du langage,  l’intertextualité et l’intégration compositionnelle des éléments du langage. Mais la littérarité plonge dans l‘aporéticité.  Qu’est-ce qui fait qu’un texte littéraire soit un texte littéraire ?

Plutôt que de passer par son objet (la littérarité), Grégoire Biyogo aborde la théorie par son statut, dans ce qui ne relève pas de la littérature et postule que « la théorie relèverait de l’épistémologie, entendue comme réflexivité sur l’ambivalence du langage, le statut cognitif de la fiction, et l’interprétation de l’écriture elle-même comme une déconstruction des discours stables et de ce qui apparaît comme l’illusion de la présence du sens ». Ce qui amène à définir l’oeuvre littéraire comme une totalité non signifiante, un ordonnancement non stable de procédés significatifs, le lieu d’une transgression incessante des repères… une entreprise de pensée méditative, pensée intransitive, traversée de fictions ironiques, humoristiques et supposées rendre compte d’un nouveau régime de vérité. La théorie devient une déconstruction, c’est-à-dire une opération hypercritique qui défait les discours.

Référence

Biyogo Grégoire, 2008, Littérature et philosophie à l’épreuve de la nouvelle théorie, Paris, L’Harmattan-Gabon, Recherche et pédagogie, 220 pages.

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