La conception de l’identité envisagée ici amène à penser le Gabonais comme faisant partie d’un ensemble commun dans lequel chaque membre s’identifie à l’autre et fait corps avec les autres.

La recherche de l’identité vise une identification nationale. Cela pousse les ressortissants de chaque province à s’identifier aux ressortissants de toutes les autres provinces de telle sorte que la cause de chaque province devienne la cause de toutes. Cette identification se laisse structurer par la pensée du Gabon d’abord. Dire Gabon d’abord ne signifie pas le Gabon à l’exclusion des autres nations. Dire cela montre qu’à l’échelle nationale, le Gabon est l’horizon d’identification, d’orientation et d’action de tous les Gabonais.

Le Gabon est une somme de multiculturalité dont les habitants à l’exception des pygmées viennent de pays diverses : du Congo, du Cameroun, du Sénégal, de Sierra-Leone, du Libéria… La langue Mpongwé met étonnamment un pont entre les habitants du Gabon et les habitants du Kenya de sorte qu’un Mpongwé n’est presque pas étranger au Kenya de par son idiome.

Le Gabon est donc la somme des populations qui ont immigré au cours de l’histoire et qui sont venues s’installer là où, du fait de l’immigration, de l’abolition de l’esclavage ou de la colonisation, elles ont été conviées à vivre. Le premier maire de Libreville, Mountier, est un Congolais, un Loango pour être exacte. Les premiers habitants de Libreville sont des Congolais, des Loango pour être exacte. A l’époque, le Gabon était composé du Cap Estérias, de Quaben, de Louis, du Fort d’Aumale (Sainte-Marie), de Libreville (Présidence actuelle), de Glass, de Baraka, de Lalala, d’Oloumi, de Pointe Denis et des contrées riveraines de l’Estuaire du Komo. Puis le Gabon s’est aggrandi avec la prise en considération des peuples de la forêt pour donner la configuration actuelle.

Au fondement, le Gabon c’est l’Arongo, l’Estuaire, le Komo, qui a reçu du fait de sa forme en sandwich le nom de Rio de Gabaon de la part des portugais en 1472. A l’époque, le Gabon (l’Estuaire du Gabon) appartient au vaste territoire de Pungu (Pongo) qui longe la côte ouest de l’Afrique de la rivière Kamerun jusqu’à l’entrée de Loango en passant par Sette-Cama. Puis il s’est aggrandi en prenant progressivement en compte les peuples de la fôrêt. On note l’arrivée au milieu du dix-neuvième siècle du peuple fang venu du Cameroun. Au debut du vingtième siècle, les Haoussa s’installent au Gabon. De 1882 à 1906, le Gabon et le Congo Brazzaville forment un même pays avec pour capital Libreville jusqu’en 1904. Dans les années trente, Pointe-Noire est rétrocédé au Congo. En 1946, le Haut-Ogouée est rattaché au Gabon. Le Gabon est un ancien Etat de l’AEF jusqu’à son indépendance en 1960.  C’est dire que le Gabon à travers les circonstances particulières de son histoire s’est forgé une singularité permettant de concevoir l’unicité de son peuple multiethnique.

Comment alors construire une identité lorsque nous sommes un ensemble d’altérités multiculturelles voire transnationales ? Les peuples du Dahomey qui vivent au Gabon depuis les années 1950, veulent désormais être considérés comme des Gabonais à part entière.

La construction de l’identité signifie le besoin de forger un projet commun dans lequel le Gabonais sera celui qui s’identifie au Gabon et qui adhère au projet de vie commune en faisant sien les intérêts du Gabon. Cela signifie construire une identité qui permette à des hommes d’origines diverses de vivre ensemble, de regarder ensemble vers l’avenir, chacun avec ses particularités donc avec notre diversité… une identité dans la diversité pour bâtir l’édifice commun auquel tous nous rêvons.

Comment bâtir une identité lorsque le Gabonais n’est plus celui-là qui parle punu, gisir, téké ou fang et que les étrangers sont ceux-là qui parlent punu, gisir, téké ou fang de sorte que lorsque les Gabonais désirent confectionner ou renouveler leurs papiers, on le leur refuse du fait qu’ils ne parlent plus leurs langues ? Parce que, on ne sait pourquoi, pour valider leur identité, on leur fait passer le test de la langue : « Si tu es Gabonais parle un peu ta langue ».

Or désormais, pour n’avoir pas pensé politiquement à une langue garde-fou, les Gabonais qui naissent et grandissent désormais, à défaut du bangando (créol, mixte de languesn’ont plus que le français pour medium. Avec le bangando, peut-être assistons-nous à l’invention d’une langue, à la génération spontanée de ce qui aurait dû se faire depuis 1960 si les Gabonais ne cherchaient pas une langue qui insulte. En effet, une des raisons qui expliquent pourquoi les Gabonais n’ont pas de langue officielle nationale c’est le fait qu’ils n’ont pas trouvé celle-là que ne comprennent pas les Congolais, les Camerounais ou les Guinéens permettant de les injurier au cas où.

Et pourtant, il y a le mitsogho parlé qu’au Gabon et par presque tous les Gabonais dans un certain sens (les adeptes du bwiti). On aurait pu choisir cette langue pour sa particularité ou le fang ou le punu ou le téké ou le nzébi pour le nombre de locuteurs de ces langues qui fédèrent plusieurs Etats. Et le Mpongwé ? Et dire qu’au dix-neuvième siècle, l’on enseignait les Gabonais dans cette langue pour leur apprendre les fondamentaux… Les dictionnaires et les livres avaient été déjà confectionnés pour permettre au Gabonais de lire et d’écrire dans cette langue qui ressemble au swahili justement dans le but de faire le pont avec les populations d’Afrique de l’Est. Il y avait même des professeurs de Mpongwé. On pense à l’Africain-Américain Josiah Dorsey venu du Libéria qui parlait de manière experte le Mpongwé et qui l’a enseigné à Nomba jusqu’en 1855 dans le cadre de l’école de Baraka. Pour finir, les langues des autochtones, les langues  pygmées peuvent elles aussi être mise en lice. Parce que le pygmée est le premier des Gabonais si l’on s’accorde sur l’occupation première du sol. On pense ici à la marginalisation du pygmée par le bantou qui devra comprendre qu’il n’est pas un être supérieur et qu’il devra traiter d’égal à égal avec les peuples de la forêt. Parce que lorsqu’on pense Gabon on pense maladroitement Bantous.

Comment prendre alors en compte cette donnée nouvelle ? Les Gabonais qui ne parlent que français sont-ils moins Gabonais ou pas du tout Gabonais ? Autant de raisons de penser et de construire ce qui définit l’étant gabonais pour un meilleur être au monde et un meilleur agir pour le Gabon. Car la nécessité d’identifier une identité va de pair avec une volonté de l’action, de l’agir ensemble pour une construction rêvée du Gabon pour le bonheur des Gabonais. Etre ensemble pour vivre heureux.

Aussi, l’identité telle que nous l’envisageons ici se confond avec un vision multiculturelle rendant compte de notre lien à la nation nullement nationaliste ou xénophobe. Juste la volonté de se définir, de comprendre notre être au monde et forger les conditions de notre être meilleur et de notre bonheur ensemble dans la diversité culturelle qui nous identifie.

De ce point de vue, l’identité est ce qui nous fonde, nous constitue et nous justifie. Comme les abeilles dont la finalité est de produire le miel et de l’épargner, l’identité ici est la raison d’être du peuple gabonais ou ce qui fonde et oriente le pourquoi être Gabonais. Résumons le au slogan : Gabon d’abord. L’intérêt du Gabon d’abord.

 

 

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