Dans une de ses études consacrées à la violence policière, Angelina Peralva rapporte que la police explique habituellement sa propre violence par la violence de la criminalité. Comment comprendre alors la violence excessive et injustifiée de la police à l’égard de personnes innocentes voire inoffensives ?

Le manque de repères

La violence policière est somme toute un affluent d’un Ogooué de violence. Elle s’explique par les soubresauts d’une société en transition. Dans celle-ci, le manque de repères fait perdre à chacun son rôle réel  dans le vivier commun. Le manque de repères et l’incapacité à se situer, à donner sens à sa vie,  à son existence, donne pour conséquence la violence. Dans ces conditions, la violence policière s’expliquerait par l’incapacité de la police à se définir dans son rôle, dans son être et dans sa fonction. C’est ainsi que l’on peut comprendre la violence déraisonnée dont elle fait montre lorsque nous nous plaçons sous le prisme des travaux d’Angelina Peralva.

Le changement de culture

Pour Angelina Peralva, la violence policière banalisée est un fait de société qui connote un changement de culture. C’est cette phase de transition entre un ancien que l’on veut conserver parce que garant de stabilité et ce nouveau que l’on ne connait pas qui s’impose et que l’on cherche à maîtriser. Le soubresaut de cette transition se donne par des violences qui étonnent venant d’un presque partout au sein de la société et surtout des forces de l’ordre. La violence policière est l’écho du nouveau qui s’annonce et qui s’installe. Une sorte de perte de contrôle devant le changement. Pour Angelina Peralva, la violence connote à la fois l’affaiblissement de l’Etat, la démocratisation et une modernisation socioculturelle de la société. Tout ceci a pour conséquence un élargissement des espaces de citoyenneté avec pour corollaire paradoxal une montée de la violence. « C’est, paradoxalement, au moment où des espaces de citoyenneté s’élargissent parce que de vieux modèles de hiérarchisation sociale sont liquidés, que l’indétermination de la place de l’individu dans le monde peut être source de violence » (Peralva, 1998).

La corruption

Outre le fait d’une culture en transition, Angelina Peralva met aussi en lien la violence policière avec la corruption. Elle établit ainsi qu’une police inutilement violente est une police corrompue. Pour Peralva, violence policière et corruption sont les deux faces d’un même problème. « Plus la police devient corrompue, plus elle devient violente, plus elle crée les conditions favorables à un accroissement de la violence » (Peralva, 1998). « Violente, et favorisant par conséquent le développement d’une spirale de la violence ; corrompue, et favorisant par là les conditions matérielles du développement d’une criminalité violente, la police ne peut être qu’inefficace dans l’exercice de son activité de maintien de l’ordre et de lutte contre la criminalité » (Peralva, 1998).

La défaillance de l’Etat

Un autre élément explique la montée de la violence policière aveugle et inutile. C’est que cette violence est le reflet même de la défaillance de l’Etat. Ainsi la violence policière est-elle envisagée « comme une dérivation directe de l’incapacité de l’Etat à garantir l’ordre public »(Peralva, 1998). « La généralisation des comportements violents et de la violence dans les relations interpersonnelles est tout d’abord une conséquence naturelle de l’effondrement de l’Etat, incapable de la limiter et de la réguler » (Peralva, 1998).

 La reforme de la police

Penser une reforme de la police. Pour cela une volonté politique orientera les changements progressifs dans la police. A cela s’ajoute un contrôle fort qui ne peut s’opérer que par une police des polices assise sur des valeurs. Car il n’y a que les valeurs pour changer l’homme et ici, pour changer les hommes chargés d’assurer notre sécurité et de maintenir l’ordre et non pas d’instaurer le désordre en foulant au pied la loi et le droit. La transmission des valeurs en vue du changement des manières de la police passe par le fait  de transmettre l’idée que toute personne même criminelle, a des droits. Nous reconnaissons la difficulté du travail de la police qui la confronte chaque jour à des criminels de plus en plus nombreux et dangereux. Nous ne la reconnaissons pas lorsqu’elle sévit avec gratuité comme ce gendarme qui jette de la lacrymogène dans un bus rempli d’élèves qui ne demandent qu’à rejoindre leur lieu de scolarité ou encore comme ce policier qui fracasse le crâne d’un homme allongé au sol et protégé semble-t-il par sa mère. La gratuité de la violence policière est à ce point injustifiée et nous nous demandons pourquoi la tolérer. La violence policière est nécessaire à la lutte contre la criminalité. Elle doit servir à pacifier la société pas à la criminaliser.

L’efficacité de la police

Pour être efficace, la police n’a pas besoin de violence aveugle. Puisque ce que l’on observe, c’est ce qui suit :  « alors que la police devient de plus en plus violente, [...], les taux de criminalité grimpent »(Peralva, 1998). Et ce sont les mamans qui sont braquées, les grands pères qui sont assassinés devant les yeux mêmes de ceux qui doivent maintenir l’ordre mais qui sortent tout l’arsenal avec de simples élèves qui veulent juste prendre leur bus ou avec une pauvre famille qui protège son terrain contre l’abus de pouvoir d’un commandant de police. Pour être efficace, la police n’ a pas besoin de bomber le torse devant des élèves ou des innocents qui ne demandent qu’à vivre en paix. Elle doit protéger les citoyens de tous les égarés qui menacent l’harmonie sociale. Et non pas s’acharner pour quelques raisons sur d’honnêtes et paisibles citoyens.

La police que nous voulons

Peut-on humaniser la police ? Déjà l’inviter à être policière. C’est-à-dire à jouer son rôle, le rôle que lui assigne la société : celui de polir, celui de polis, celui de favoriser le vivre ensemble, le mieux vivre ensemble. Une police qui rend l’homme meilleur, qui rend meilleur l’homme. Une police au service du citoyen et de la cité pour le meilleur de l’homme, la correction de l’homme pour en faire l’homme apte à la vie en société. Une police qui ne fabrique pas de criminels mais protège du criminel et transforme le criminel du mauvais qu’il est en homme qu’il faut, en homme bon pour la société. Cette police existe, c’est elle que nous voulons.

Références :

Un gendarme jette une bombe lacrymogène dans un bus de lycéens.

Agression policière à Sotega

Doit-on se passer de la police au Gabon ?

Angelina Peralva, « Violence urbaine, démocratie et changement culturel : l’expérience brésilienne (Partie 1) », Cultures & Conflits [En ligne], 29-30 | automne-hiver 1998, mis en ligne le 16 mars 2006, consulté le 01 octobre 2016.

Angelina Peralva, « Violence urbaine, démocratie et changement culturel : l’expérience brésilienne (Partie 2) », Cultures & Conflits [En ligne], 29-30 | automne-hiver 1998, mis en ligne le 16 mars 2006, consulté le 02 octobre 2016.

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