Contre la délinquance juvénile et la consommation des drogues par la jeunesse gabonaise, le présent article donne un ensemble de suggestions allant dans le sens d’une prévention, protection et rééducation de l’enfance ainsi que de la jeunesse. La contribution laisse parler des spécialistes confrontés à ce genre de problématique. Le problème de la délinquance juvénile est accepté ici comme une crise existentielle généralisée née des nombreuses crises que connaît le Gabon en tête desquelles la crise post-électorale d’août 2016. La solution que l’on envisage ici est une solution socio-éducative.

 La crise existentielle collective

Le problème de la délinquance juvénile apparaissant dans des proportions inquiétantes et quasi banalisées en un espace-temps donné peut être l’indicateur d’un mal-être généralisé. Sur ce point Véronique Le Goaziou rapporte les propos qui suivent : « sur certains des territoires où nous avons mené notre enquête, les acteurs politiques et les partenaires locaux sont assez enclins à penser que c’est moins la délinquance en tant que telle qui pose problème, mais davantage les difficultés socioéconomiques des habitants, des formes patentes d’anomie sociale et quelque chose comme une crise existentielle collective. Problèmes qui, selon les interlocuteurs rencontrés, nécessiteraient, d’une part, un travail éducatif de longue haleine auprès des jeunes et des familles, d’autre part, l’articulation des programmes et dispositifs de prévention de la délinquance à des politiques de revitalisation des territoires urbains ».

Ce problème de mal-être vient au premier rang explicatif du refuge des jeunes dans des paradis artificiels. En effet, « un certain leitmotiv se dégage des entretiens que nous avons eus avec les usagers, celui d’un besoin de sensations fortes, d’une rupture, d’une fuite vers un espace imaginaire mille fois préféré à celui de la vie de tous les jours. Beaucoup de jeunes, au prix d’efforts considérables et parfois de souffrances, tentent d’échapper aux conditions de vie qui leur sont proposées ou qu’ils se préfigurent. L’avenir les inquiète, le présent ne les satisfait pas. C’est pourquoi un investissement parfois massif dans ce style de vie et ces consommations est susceptible, au moins pour un temps, de les distraire et de les satisfaire. » Ingold (2001).

Prioriser la jeunesse

Geneviève Fioraso préconise de mettre la jeunesse au premier rang des préoccupations politiques. Il convient alors de prioriser la jeunesse. « Prioriser la jeunesse oblige en effet à penser moyen et long termes, à mesurer les conséquences dans la durée des mesures que l’on préconise ».  « D’une certaine manière, prioriser la jeunesse, c’est donner une direction et un sens à l’action politique ». « C’est aussi l’occasion de prendre un certain nombre de mesures en direction des jeunes pour leur donner les meilleures chances de choisir et maîtriser leur vie ».

Quelles peuvent-être ces mesures ?

Le recours à des professionnels de la prévention

On peut développer le champ professionnel de l’animation, de l’accompagnement et de l’insertion. On peut aussi parallèlement à des politiques de sécurité, développer des politiques de prévention de la délinquance pour pallier au tout autoritaire ou au tout répressif au profit de chantiers socioéducatifs. Dans cet optique on peut chercher à avoir recours à des éducateurs de prévention spécialisé ou encore éducateurs de rue. Les éducateurs de prévention spécialisée accompagnent les jeunes et les familles dans les quartiers ou sur un territoire du point de vue administratif, scolaire, social et affectif. Ils s’attellent à « travailler sur les motivations des jeunes, leur rappeler les interdits et les règles du vivre ensemble, développer leur empathie envers leurs victimes ou envers les personnes qui subissent leurs nuisances, annoncer les risques encourus et parfois même les peines prévues par la loi ». « Au fond, les éducateurs de prévention spécialisée mettent très souvent des mots et du sens sur les actes et les comportements des jeunes, y compris les actes déviants ou délinquants. À ce titre, ils font partie des rares adultes qui parlent à ces jeunes et conservent langue avec eux, en dépit des comportements répréhensibles ou illégaux que ces derniers peuvent adopter. C’est pourquoi ils contribuent incontestablement à prévenir la délinquance ou à éviter sa réitération » Le Goaziou (2014).

La transmission intergénérationnelle

Dans l’optique de résoudre le problème que rencontre les jeunes, quel rôle peuvent jouer les anciens dans la résolution de la crise ?

Le retour d’expérience. Il s’agit d’inviter les anciens dans les salles de classe ou dans des lieux publics. Le dispositif consiste à favoriser la transmission d’expériences des générations précédentes aux générations suivantes au travers des récits de vie assortis d’éventuelles erreurs personnelles dans l’optique de prévenir les incidents critiques. Par exemple l’enchaînements de mauvaises décisions ayant amené à des situations de crises. Ce sera de la part des anciens, un dispositif de transmission de savoir, de savoir être et de savoir faire. On peut également penser à des performances des contes qui transmettent des codes de valeurs par des grands-mères et des grands-pères en milieu scolaire. Ces derniers se sentiront revalorisés et utiles dans la nouvelle société qui tend à rompre avec tout ce qui est ancien. De l’autre ce sera un capital culturel transmis aux jeunes en manque de repères.

L’Education maternelle

Ouvrir une filière d’éducation de jeunes enfants visant à former à partir du baccalauréat les professionnels de la petite enfance. « L’éducation et l’accueil des petits restent encore largement considérés comme faisant naturellement appel à des dispositions qui seraient innées aux femmes et ne nécessitant donc pas de formation particulière ». La première enfance est une période déterminante. Detry et Belhassen (2001).

Des lieux de culture et de jeu

1. La création de bibliothèques publiques, scolaires et universitaires. « Les bibliothèques sont un service que le pouvoir doit à la collectivité, à l’égal de l’enseignement et de la défense » Lever (1989). Avec les bibliothèques, priorité est donnée aux livres. « Il n’existe pas d’autre voie que la lecture pour acquérir un savoir réel et il n’est pas de distraction plus heureuse. La lecture fait mieux comprendre qu’un professeur : un enfant de treize ans qui la découvre en est plus enthousiasmé qu’il ne l’aura été précédemment par la télévision » Lever (1989). « Ces [...] bibliothèques devront être construites chacune sur une dizaine d’hectares, dans un lieu central. Munies de centaines de cabines de lecture individuelles et d’immenses salles de lecture générale, elles nécessiteront des milliers de places de stationnement. Accueillant sans distinction chercheurs, étudiants, travailleurs, oisifs ou handicapés, elles devront être des lieux aérés, sereins, convenant à la méditation comme à la flânerie » Lever (1989).

2. La construction de ludothèques. « La mise en place et l’animation d’une ludothèque à l’usage des élèves et des enseignants sont des actions inscrites dans les trois axes principaux du projet d’école : améliorer les résultats scolaires, apprendre à vivre ensemble, créer les conditions favorables à la réussite scolaire de chaque élève » Chevet (2001). Bertille Chevet a observé par exemple une enfant stigmatisée  d’élève agressive qui « lors des ateliers ludothèque était très sociable, motivée par les jeux, et gérait calmement les rapports de force pendant les parties ». « L’atelier ludothèque a eu pour objectif de favoriser principalement trois types d’apprentissages : le traitement des problèmes, la maîtrise de la numération et celle des techniques opératoires ». « Jouer correspond pour l’enfant à un apprentissage des règles de la vie sociale, des rapports des hommes, libres et égaux entre eux. D’autre part, le temps du jeu comporte un début, une fin et, entre les deux, il offre une progression, organisée par la règle, comme dans la vie, qui est organisée par la loi sociale. Que ce soit avec un jeu de société ou un jouet, l’enfant appréhende par là la loi. Il joue avec des règles » Chevet (2001).

3. La construction des espaces jeunes ou de maisons de la jeunesse.

L’usage des médias

Avec par exemple des campagnes de sensibilisation sur le thème : « C’était ton ami-e » basées sur des épisodes tragiques de la violence scolaire.

L’usage des nouvelles technologies

1. Mener des expériences d’interaction entre les jeunes et les autorités via un reconsidération de l’usage du téléphone portable. On pense à l’envoi de SMS de sensibilisation, des tweets ou des posts facebook, à l’appel de quelques échantillons des jeunes sur une période définie pour parler des questions de violence. Ce projet peut être porté par les autorités municipales ou des associations consacrées. On peut aussi penser à la mise à disposition à l’endroit des jeunes d’un numéro vert pour ceux qui éprouveraient le besoin de parler à quelqu’un et de voir dans quelle mesure encadrer la confidentialité du contenu des échanges dans le cadre de ce dispositif.

2. Ouverture de fab labs.

La formation citoyenne

Les emplois civiques pour jeunes.

Hypothèse de recours à l’ibogaïne

Quel usage peut-on faire de l’ibogaïne dans le traitement de l’addiction contre les drogues au Gabon ?

En Hollande, aux Etats-Unis, en Israël et même au Gabon avec le professeur Gassita, de nombreuses recherches s’interèssent à l’usage thérapeutique de l’ibogaïne. En Hollande, Simon G. Sheppard, « pense que [ses] effets sont intéressants dans le cadre de la prise en charge médicale du sevrage des opiacés, et que son utilisation facilite le travail psychothérapeutique lors du sevrage ». Sueur (2017). « Sur le plan neurobiologique, l’ibogaïne bloque la stimulation de la dopamine mésolimbique et striatale, induite entre autres par la morphine et la cocaïne ». En d’autres termes, l’ibogaïne bloque le système neurotransmetteur de récompense et coupe l’envie de se droguer.

 Références :

Isabelle Laffont, « Le TDAH chez l’adulte et ses comorbidités. Discussion à partir d’un cas clinique d’addiction au Tramadol », Psychotropes 2015/4 (Vol. 21), p. 27-40.

Spreux-Varoquaux O. Le syndrome ou toxidrome sérotoninergique : étiologies, signes cliniques centraux et périphériques. L’Information psychiatrique 2013 ; 89 : 819-34 doi:10.1684/ipe.2013.1132.

Christian Sueur, La recherche sur les capacités thérapeutiques des « substances hallucinogènes » , Chimères 2017/1 (N° 91), p. 120-138.

Marion Laval-Jeantet, « Approche thérapeutique de la prise d’iboga dans l’initiation au Bwiti vécue par les Occidentaux », Psychotropes 2004/3 (Vol. 10), p. 51-69.

François-Rodolphe Ingold, « Les usages festifs des stimulants par les adolescents », Enfances & Psy 2001/2 (no14), p. 132-136.

Véronique Le Goaziou, « Délinquance juvénile et politiques de prévention : les défis de la prévention spécialisée », Journal du droit des jeunes 2014/3 (N° 333), p. 24-27.

Entretien avec Geneviève Fioraso, par Jean-Luc Cacciali« Quelques éléments de réponse aux questions sur la jeunesse », La revue lacanienne 2017/1 (N° 18), p. 202-215.

Maurice Lever, Sur le projet de « Très Grande Bibliothèque » , Le Débat 1989/3 (n° 55), p. 181-183.

Éric Gallibour, Yves Raibaud« Les cadres de l’animation sont-ils des cadres comme les autres ? », Agora débats/jeunesses 2008/2 (N° 48), p. 62-74.

Laurette Detry, Viviane Belhassen« Éducateurs de jeunes enfants. Un métier à l’épreuve vivante des liens », Enfances & Psy 2001/3 (no15), p. 146-151.

Bertille Chevet, « Une ludothèque à l’école », Enfances & Psy 2001/3 (no15), p. 72-75.

Christian Bourion, Sybil Persson« La transmission intergénérationnelle des talents par le mentoring épistolaire. Implantation au sein d’une école de management », Revue internationale de psychosociologie 2011/41 (Vol. XVII), p. 303-317.

Wikipaedia : Tramadol

François Resplandy, Les antalgiques, Doctissimo.fr.

Au Gabon la nouvelle drogue « kobolo » fait des ravages dans la jeunesse.

Sondage Gallup sur les pays les plus dangereux du monde. 

 

 

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