Diaspora inintellectuelle, inactive, inexperte, économiquement inutile et pleinement parasite… Voilà comment est perçue la Diaspora gabonaise par une frange de la population du Gabon qui se demande à quoi elle sert.

C’est une question bien gênante dont on se demande pourquoi on se la pose. En effet, c’est une question qui ne peut se résoudre que par une autre. Celle-là qui veut savoir à  quoi sert le Gabon ? Et si on en arrive à la pleine conviction que le Gabon est un pays inutile, alors sa diaspora le sera de même. Car le Gabon c’est une terre, un Etat, une nation et des hommes. Hommes et femmes qui portent le Gabon partout où ils sont.

Une diaspora semble-t-il inutile

En 2015, Alexandre Mônô opiniâtre que la Diaspora gabonaise serait la plus inactive d’Afrique. Deux ans plus tard, à sa suite, Roger Mendome reproche à la diaspora gabonaise son excès de fierté et de gaspillage. Elle ne contribuerait d’aucune façon au développement économique du Gabon. Et de surcroît elle attendrait toujours des Western Union.  Roger Mendome n’aurais jamais entendu parler d’une entreprise qui prospère à l’étranger créée par un membre de la diaspora gabonaise. Les Gabonais de la dissémination n’auraient pas de production intellectuelle et seraient absents des débats sur les chaînes françaises ou américaines. Roger Mendome en arrive à la conclusion que la diaspora gabonaise est maudite jusqu’au dernier niveau. Comment  peut-elle ainsi contribuer au développement du Gabon ?

Les Gabonais et le transfert des fonds

Comparativement aux autres pays africains, on reproche à la Diaspora gabonaise de dépendre du pays d’origine en ce qui concerne le transfert d’argent. On cite le chiffre de 743 000 € de Western union envoyés contre 13. 000 000 € de Western union reçus en 2016. Un article de Lyse Le Runigo et Lou Garçon montre la dépendance des pays d’origine à leurs diasporas. C’est le cas de l’Afrique subsaharienne. « L’Afrique subsaharienne, riche de matières premières dont les bénéfices profitent rarement à la population, est toujours très dépendante de la générosité de sa diaspora ». Garçon et Runigo montrent aussi l’existence d’un circuit parallèle d’envoi de fonds privilégié par les diasporas « en évitant les circuits traditionnels au profit d’un système élémentaire, développé dès les premières migrations: le don manuel par personne interposée. Ici, plutôt que de placer sa confiance dans une entreprise, l’expéditeur s’en remet à ses compatriotes ». Selon Justine Rodier, « Plus de la moitié de l’argent perçu sur le continent par les familles de migrants est destinée à la satisfaction des besoins primaires tels que l’alimentation, le logement ou l’habillement». Dans un rapport du Fonds international de développement agricole (FIDA), on peut voir que l’ensemble des fonds que reçoit le Gabon de sa diaspora connaît un taux de versement en milieux rural de 42%.  Que du Gabon, des parents transfèrent des fonds à leurs enfants partis à l’étranger, nous n’en voyons pas d’inconvénient. D’autant plus qu’il y a un processus de circularité.

De l’utilité d’une diaspora

Le voyage forge l’homme dit l’écrivain. De l’homme de la diaspora, on retient d’abord cette volonté de réussir. « l’immigré se révèle d’une combativité incroyable. On dit bien souvent qu’il en veut. Son action s’inscrit dans la perspective que, malgré les difficultés, le temps joue pour lui » Kounkou Moundele (1992). « C’est donc un challenge permanent qui mobilise toutes ses énergies, toute sa créativité, toute sa foi. Il vit avec des stratégies et des perspectives certaines dans un monde où il se sait en perpétuelle remise en cause ». Outre la combativité, l’immigré est un homme discret comme le dit Kounkou Moundele « l’immigré gère avec la même discrétion déterminée l’avenir de ses enfants à qui il donne l’occasion de s’intéresser aux articulations culturelles de sa propre société ». L’immigré exporte sa culture et permet de la faire vivre ailleurs que sur la terre mère. Car c’est à ce niveau, lorsqu’il acquiert une stabilité sociologique, économique, politique et culturelle qu’un peuple longtemps installé loin de ses frontières devient utile à son peuple. Premièrement la Diaspora fait tomber le voile sur l’édenéité supposée de la société d’accueil. Deuxièmement, elle rentre dans une logique discrète de conquête du pouvoir économique et politique pour faire face aux privations. Troisièmement le peuple de la dispersion a une avance certaine sur le peuple d’origine qu’il contribue à rehausser. La Diaspora se développe « presque toujours dans une relation nécessairement et obligatoirement continue avec son peuple d’origine, quel que soit son éloignement généalogique, géographique, politique et intellectuel. Car dans toutes les façons, ceux qui voyagent ou sont contraints de voyager s’instruisent plus vite que ceux qui demeurent sur la terre et gardent sereines les réalités du pays et les pas du passé. C’est dans cette ouverture que se vit la grandeur d’un peuple » Kounkou Moundele (1992).

Quelques entrepreneurs gabonais à l’étranger

Bernadin Akagah : Intervient dans le secteur de la recherche et développement. PDG d’Alpha Chimica qui est un laboratoire pharmaceutique. Installé à Paris, son activité consiste à  extraire les principes actifs des plantes en vue de la fabrication de médicaments.

Dominique Siby : Jeune entrepreneur vivant à Miami. Intervient dans le secteur du luxe. Sa marque Felio Syby fait partie du cercle fermé des sponsors de Formule 1.

Folly Koussawo :  Formé en France, il intervient dans le secteur de la construction.  Il est à la tête de Trianon BTP Gabon.

Chanel  Eder Adego : Intervient dans le secteur industriel, spécialisé dans le plastic. Il est le créateur de la société Adego Industrie au Sénégal et oeuvre dans le retour des cadres nationaux.

Nadia Origo : Intervient dans le domaine de l’édition et de la Communication. Elle est à la tête de la Doxa éditions.

Starlyne Ada : Avec sa marque Fight Back, Starlyne Ada intervient dans le domaine du prêt-à-porter.

Donatien Mavoungou : connu pour son approche innovante sur le traitement du VIH. Donatien Mavoungou a élaboré un traitement en immunothérapie dénommé  Immunorex-DM28. Ce traitement est remis en question par l’OMS et l’Onusida ainsi que l’Etat gabonais. Selon une expérimentation étalée sur dix ans, il semblerait que l’Immunorex donnerait un taux de satisfaction de 85%. Immunorex a reçu le soutien du codécouvreur du VIH à savoir le professseur Jean-Claude Chairmann. La recherche étant faite de falsification (réajustement constant) on gagnerait à creuser la piste ouverte par le professeur Donatien Mavoungou parmi tant d’autres plutôt que de remettre en cause l’entièreté de sa recherche à moins que comme avec le paludisme, l’agenda actuel des lobbies pharmaceutiques n’envisage aucune solution au problème du SIDA, surtout venant d’Afrique. Alors pourquoi ne pas mettre à contribution une intelligence collective, un cerveau collectif autour de la molécule trouvée par Donatien Mavoungou ? Et si elle est une mauvaise piste, elle sera au moins un pallier vers la bonne. Donnatien Mavoungou vit au Gabon avec des va et vient à l’étranger.

La Diaspora gabonaise est-elle inutile pour le Gabon ? D’autres pays seraient ravis de l’avoir en terme de fuite de cerveaux. Car la connaissance est du capital. Le cerveau c’est de l’argent. Bien employé, il permet l’innovation, l’innovation relance l’économie et l’économie relancée conduit au développement. Constituée à plus de 85% d’étudiants, festive et même contestataire, la diaspora gabonaise fournit au Gabon l’essentiel de ses compétences. Elle fournit également ses compétences aux pays hôtes. De la même façon qu’on ne met pas les œufs dans un même panier, le Gabon se développera par l’ensemble de ses fils et filles dispersés ou non à travers les continents. N’est-ce pas la leçon que nous apprennent les pays développés qui s’attellent à promouvoir  chacun une forte diaspora à travers le monde ? Ayons une vision organique du Gabon et attelons-nous à sa construction. De par cette vision organique le Gabon transcende ses frontières pour devenir cet ensemble constitué par tous les Gabonais et Gabonaises où qu’ils soient.

Références :

Lou Garçon et Lyse Le Runigo, «  Les vrais leaders du transfert d’argent sont les migrants» . SlateAfrique, 2012.

Justine Rodier, « La diaspora africaine envoie 36% d’argent en plus vers le continent qu’il y a dix ans » , Jeune Afrique, 2017.

FIDA, Travailleurs migrants et transferts de fonds vers l’Afrique, 2010.

Alexandre Mônô, « Lettre aux gabonais de la Diaspora» , Time Gabon, 2015.

Alpha Chimica, GazetteLabo, 2008.

Michel Paul Correa, « Immunorex DM28, un nouveau défi, un nouvel espoir pour le traitement du VIH SIDA» .

Michaël Moukouangui Moukala, « Entreprenariat au gabon : encore du chemin !» ,  Gabon eco, 2017.

Kounkou Moundele Dominique. Immigration, diaspora, peuple. In: Autres Temps. Les cahiers du christianisme social. N°35, 1992. pp. 65-70.

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