Le but de ce billet vise à comprendre par l’histoire le cheminement du Gabon, la construction du Gabon ainsi que la mentalité des Gabonais en vue d’orienter les politiques publiques nécessaires ou les programmes de société indispensables pour une meilleure gestion et répartition des ressources et surtout un réel développement du Gabon, c’est-à-dire un épanouissement général des populations assimilable à ce que les pères fondateurs ont appelé la félicité.

En 1990, Pierre Gourou procède au commentaire de la thèse en géographie politique de Roland Pourtier. Ce dernier travail alors sur le Gabon dans son espace, son histoire, sa société ainsi que sur son développement en tant qu’Etat. Dans sa thèse, Roland Pourtier montre que durant la période coloniale, « les ethnies qui habitent le Gabon ne sont pas spécialement gabonaises ; elles vivent de part et d’autres des frontières et montrent la plus grande indifférence à ces dernières.

Période précoloniale

Au XVè siècle, les habitants de ce qui deviendra plus tard le Gabon, vivent dans de petits villages et cultivent des bananes plantains. La division du travail se caractérise par le fait que les hommes abattent les arbres  pour les champs et les femmes cultivent. L’agriculture ici, incombe à la femme. Bien que peu nombreux et vivant dans un espace forestier pleinement généreux, les habitants peuvent mourir de disette. Pierre Gourou, rapporte que les populations « n’avaient pas su organiser leur culture bananière de manière à obtenir des régimes comestibles douze mois sur douze ». A la fin du XVè siècle, l’Estuaire du Gabon qui donnera son nom au pays est découvert par les marins Portugais.

Période coloniale

En 1850, Libreville est fondée comme lieu d’asile pour les esclaves arrachés aux navires négriers. En 1871, le Gabon devient une Colonie avec pour capitale Libreville. L’objectif colonial consiste à partir du Gabon afin de créer une Afrique équatoriale française.  Le territoire gabonais a été dessiné sans homogénéité ethnique. On fait sortir les populations de la forêt et on les regroupe au bord des routes. Mais les jeunes, garçons et filles quittent ces regroupements au profit des villes. La production de l’Okoumé déclenche l’essor de Port-Gentil. Le résultat est un exode rural massif vers le littoral et une sorte de fatalité de déchéance démographique qui s’acharne sur le Gabon. Le constat à cette époque demeure qu’il aurait été avantageux pour le pays de ne pas se limiter à l’exploitation de l’okoumé en grumes et d’exporter des produits usinés. Pierre Gourou rapporte que dans le plus pur style gabonais, la main-d’oeuvre masculine est instable alors que la main-d’oeuvre féminine est bien plus assidue : les femmes se révèlent plus travailleuses et attentives que les hommes. Cela est semble-t-il conforme à la règle selon laquelle  qu’au Gabon, les femmes travaillent plus et mieux que les hommes.

Période Post-coloniale

Puis arrive le pétrole qui à l’époque fait du Gabon, le pays le plus riche de l’Afrique tropicale avec une population de 800 000 habitants.  Libreville est peuplé de fonctionnaires qui bénéficient de salaires généreux. Fait significatif : les Librevillois ne s’occupent ni de commerce, ni d’industrie privés. Ils les abandonnent entièrement aux étrangers (Européens, Libanais, Sénégalais, Camerounais, Béninois, Nigérians, Maliens).

L’étude de Roland  Pourtier l’amène à se poser les questions suivantes :

- Que se passera-t-il lorsque la rente pétrolière se tarira au Gabon ?

- Que deviendront les dizaines de milliers de Gabonais qui ne vivent que des traitements que leur verse l’Etat ?

- Le Gabon est-il destiné à devenir une terre de colonisation des paysans africains ?

L’une des solutions que propose Roland Pourtier au paradoxe du Gabon est la mise au point d’une méthode de développement diversifié qui fera des habitants les premiers bénéficiaires de ce développement.

Aussi on est amené à préconiser les axes de réflexions suivants, base possible d’un projet de société nécessaire pour la vitalisation du Gabon :

- L’organisation. Le Gabon devra apprendre à s’organiser. C’est la leçon que l’on retient des temps de disette précoloniale et que l’on observe dans la gestion contemporaine de ce pays et qui se résume par l’expression « pays riche, peuple pauvre » ou encore gabegie sinon gabonite.

- La diversification aussi bien économique que politique étendue à tout le territoire. Avec plusieurs pôles de développement rendu possible par une politique de régionalisation.

- La reprise en main du tissu économique par les Gabonais.

- La promotion de la femme conformément à la logique matriacale bantoue.

- La vivification de l’agriculture paysanne.

- Le Gabon étant historiquement une terre d’asile et de liberté (contrairement à ce que l’on observe), faire destin commun avec les étrangers notamment les Africains qui ont choisi le Gabon pour terre de vie et voir comment les intégrer dans la nation gabonaise en vertu du lien panafricain.

- Enfin, faire du Gabonais le cœur du développement au Gabon selon le principe de Gabon d’abord nullement xénophobe.

Connaître l’histoire pour mieux agir sur le présent. Agir sur le présent conformément à l’union, au travail et à la justice afin de déclencher l’essor avenir vers la félicité qui peine à émerger.

Lecture

Gourou Pierre. Le Gabon. In: Cahiers d’outre-mer. N° 169 – 43e année, Janvier-mars 1990. pp. 97-102.

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