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Par liens de solidarité économique L’UEMOA, la CEMAC de même que les Comores ont choisi le franc français (puis l’euro) comme ancre monétaire.

On peut dire avec N.A.K  qu’arrimer sa monnaie à une autre induit une forme d’abandon de souveraineté mais, ajoute-t-il, cela permet aussi de mieux en maîtriser la volatilité. Les pays de la zone CFA arrimés à l’euro bénéficient ainsi des avantages de la fixité du taux d’échange. En effet, selon Guillaumont Jeanneney (2006) un régime de change fixe par rapport à l’euro est un facteur de crédibilité de la politique  monétaire. Il garantit la convertibilité du franc CFA. 

Kako Nubukpo contribue au débat sur l’opportunité du maintien du franc CFA. Il rappelle, en se basant sur le cas de la Grèce qu’ « une économie faible qui a une monnaie forte s’expose à des ajustements très difficiles à soutenir ». L’ancien ministre togolais de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques prend quatre points qui permettent de montrer que le franc CFA est un outil de développement économique ou à contrario un  élément d’inertie des économies africaines. Il montre la faiblesse des échanges intracommunautaires en UEMOA qui oscillent entre 10 à 15% du PIB régional selon les années.  Cette faiblesse des échanges intracommunaires rend futile d’après Kako Nubukpo le fait de partager la même monnaie, en l’occurrence le franc CFA. Puisque la grande partie des échanges dans la zone se font de manière extravertie. La plupart des pays produisent des ressources primaires qui sont directement exportées vers les pays occidentaux. La stabilité de la zone franc n’a pas d’incidence sur le commerce intra-africain. Outre la faiblesse des échanges, Nubukpo montre que du fait de l’arrimage du franc CFA à l’euro, les pays de l’UEMOA souffrent d’un problème de compétitivité à l’export. Ce qui rend difficile pour les africains, l’équilibre de leurs balances commerciales. A cela s’ajoute un sous financement chronique dû foncièrement aux choix politiques des banques centrales de la CEMAC et de L’UEMOA qui au regard de Nubukpo ont aujourd’hui pour priorité la défense de la parité entre le franc CFA et l’euro à la place d’une réelle volonté de stabilisation des prix ou d’objectif de croissance.  Nubukpo pointe aussi une gestion monétaire inadaptée.

Les conséquences de l’utilisation d’une monnaie forte par une économie faible se voit notamment dans ce qui a amené à la dévaluation du franc CFA en 1994 dans un contexte de forte appréciation du franc français. C’est-à-dire, d’après Claude N’Kodia (2011), la détérioration des termes de l’échange, la perte de compétitivité externe des économies, le surendettement extérieur sur le niveau de croissance. Tout ceci amène à penser avec Kako Nubukpo que le franc CFA est un frein à l’émergence des économies africaines.

A l’heure actuelle, les états de la zone CFA, en cas de régulation macroéconomique ne peuvent « utiliser le taux de change comme instrument de politique économique et ont un recours limité à la politique monétaire » N’Kodia (2011). Ainsi pour relancer leurs économies, ils sont obligés de procéder à des restrictions budgétaires. « En présence d’une politique monétaire et de change commune, la politique budgétaire est le seul instrument qui reste pour répondre à des conjonctures spécifiques à chaque pays »Guillaumont Jeanneney (2006). En cas de cycle défavorable, un déficit budgétaire est nécessaire. Et « pour les périodes d’amélioration des termes de l’échange un objectif de solde budgétaire positif permettant un désendettement de l’État » Guillaumont Jeanneney (2006).

Dans le contexte de monnaie forte, au niveau du marché extérieur, la plupart des pays de la zone franc CFA vendent à coûts élevés leurs biens et services. Ce qui défavorisent les exportations. Ainsi les pays perdent beaucoup plus de capitaux du fait de la prédominance des importations au niveau de la balance commerciale. De plus les pays de la zone CFA, n’ayant pas une diversification commerciale et financière, sont presque condamnés à subir une situation toujours défavorable au niveau du commerce extérieur. Le caractère faible de leur économie et le caractère fort de l’euro fait qu’ils importent plus qu’ils n’exportent. Ce qui cause une raréfaction du flux monétaire. D’où le fort besoin d’endettement des états de la zone CFA. Comme le souligne, Joël de Rosnay, résumant les théories de l’échange international, « au niveau des échanges avec l’extérieur, la montée des prix peut ralentir les exportations et accroître les importations, ce qui déséquilibre la balance commerciale. Quand les capitaux fuient un pays dont la monnaie perd sa valeur, le mouvement s’amplifie et peut conduire à la dévaluation de la monnaie » De Rosnay (1975). Et la rareté du flux monétaire par rapport aux biens offerts se traduit par une baisse des prix, une chute de la production, un accroissement du chômage et même un effondrement de l’économie. Le capital d’un pays pouvant se traduire en termes financiers ou en termes de savoir, on comprend aisément la difficulté des états de la zone CFA à scolariser leurs enfants c’est-à-dire la source du renouvellement de la création, de l’innovation et du savoir-faire pour l’information et la production de nouveaux biens et services propices à la richesse des états et au stockage des énergies.

En 1999, lors du passage à la monnaie européenne,  il était décidé d’arrimer le franc CFA à l’euro. La France a gardé la mise en oeuvre du Franc dans son pendant CFA. Le fait que le CFA soit arrimé à l’euro devait avoir pour incidence de la part des pays de la zone CFA, la mise en commun de leurs devises avec l’Europe pas avec la France. De surcroît, pour garantir la convertibilité du franc CFA, les pays de la zone CFA auraient dû ouvrir un compte des opérations à la banque centrale européenne. De la même façon que les pays de la zone Sterling ont gardé la Livre, de cette même façon les pays africains peuvent se soustraire de la zone franc qui n’existe plus (la zone franc a été construite en 1945 à partir de l’Empire coloniale français) et se constituer en zone monétaire à part entière pouvant s’ils le désirent  conserver l’arrimage à l’euro. Si les pays africains de la zone CFA décident de devenir une zone monétaire souveraine, ils devront choisir un pays centre (certainement le pays hôte de la banque centrale – Cameroun, Côte d’ivoire- et dans ce cas les Comores devront choisir avec quelle zone faire communauté – CEMAC ou UEMOA, à moins qu’ils se lient avec une zone conforme à leur choix) auprès duquel tous les pays mettront en commun leur étalon d’or et devises c’est-à-dire un compte des opérations garantissant le règlement avec le monde extérieur. Les pays des zones CFA pourront également choisir de s’arrimer à un panier de devises. Au cas où les pays africains voudraient s’arrimer à l’euro via le Trésor Public français, ils peuvent penser à utiliser le marché de Paris pour la plupart de leurs opérations en devises, mais ils devront disposer librement de leurs avoirs en or, si or il y ‘a, et en devises.

Mamadou Lamine Loum, ancien premier ministre du Sénégal a contribué à la rédaction du plan stratégique 2011-2020 de l’Union économique et monétaire Ouest-Africaine. Ce plan stratégique prévoit la création d’une Confédération Ouest-Africaine avec en perspective l’adoption d’une monnaie commune non CFA au service de la croissance économique. Le principe de cette monnaie reprend l’idée d’un arrimage à un panier de devises à la place de l’usage de l’euro comme seule monnaie d’ancrage et l’utilisation d’un seul compte d’opérations hébergé par une Banque centrale européenne pour ne pas dire le Trésor Public français. Ce qui permettra à la Confédération d’Afrique de l’Ouest de faire face à la synchronisation des cycles économiques en cas de basse conjecture. La parité fixe avec l’euro rend vulnérable l’UEMOA vis-à-vis de la zone euro. Ainsi au lieu de subir les turpitudes d’un système économique mondial unipolaire ou la dépendance à un pays qui fait que l’UEMOA supporte plus les coûts en cas de risque ou de crise, la Confédération Ouest-africaine pourra minimiser sa dépendance à la zone euro en bénéficiant d’un ajustement macro-économique régi par un régime économique multipolaire. Autrement dit en cas de crise de la zone euro la future monnaie Ouest-africaine bénéficiera de l’effet de levier d’une ou plusieurs autres zones monétaires dont elle serait arrimée à travers le panier de devises (Dollar, Livre Sterling, Yen, Yuan).

Alors, maintien ou pas maintien du franc CFA ? A entendre les commentaires, il semblerait que les africains soient sous le coût d’une dépendance volontaire.

Références :

Raymond Barre, Economie politique, 2, Paris, Puf, 1956.

Joël de Rosnay, Le macroscope, vers une vision globale, Paris, Seuil, 1975.

Baher Ibrahim Elgahry. La synchronisation des cycles économiques entre pays avancés et pays émergents : couplage ou découplage ?Economies et finances. Université du Havre, 2014.

Claude N’Kodia, « Les pactes de convergence en zone franc : quels critères et quels objectifs en zone Cemac ? », Revue française d’économie 2011/2 (Volume XXVI), p. 115-148.

Sylviane Guillaumont Jeanneney, « L’indépendance de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest : une réforme souhaitable ? », Revue d’économie du développement 2006/1 (Vol. 14), p. 45-77.

Kako Nubukpo, « Le franc CFA, un frein à l’émergence des économies africaines ? », L’Économie politique 2015/4 (N° 68), p. 71-79.

 N.A.K: L’arrimage aux monnaies références, une stratégie courante mais qui n’est pas la panacée

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