Qu’est-ce que la littérature ? Que peut la littérature ?  Pourquoi écrit-on et pour qui écrit-on ? Quel risque prend-on quand on écrit ? Ce sont des questions qui nous placent au cœur des fonctions de la littérature, du pouvoir de cette dernière, de sa téléologie, de ses destinataires et de la responsabilité des écrivains. Si l’écrivain est responsable, de quoi est-il responsable ou par rapport à quoi il est responsable ?

L’écrivain est responsable de son silence, du fait de ne pas dire, d’être indifférent par rapport aux injustices… L’écrivain est surtout responsable de son époque. Il est impliqué dans cette dernière, il est engagé dans celle-ci. Il est un homme en situation. La littérature qui manifeste l’écrivain en situation, l’écrivain comme homme de son époque, s’appelle la littérature engagée.

La littérature engagée suppose les antonymies suivantes :

Silence/Parole

Oppression/Liberté

La littérature engagée refuse de garder le silence devant les situations d’oppression. Elles est une prise de parole manifeste au service de la liberté. Elle suppose les postulats suivants :

- On écrit pour son époque.

- La parole est action. Ecrire c’est agir.

- Dévoiler, c’est changer.

L’écrivain est en situation. Il appartient à son époque. Pour lui la parole est action dans la mesure où il suppose que si les choses s’empirent c’est du fait du silence ou de l’ignorance. Il suppose que si les gens sont méchants, c’est par ignorance. Parler, dévoiler opère une prise de conscience, un changement de mentalité qui a pour effet un changement dans les comportements et donc un changement dans les situations.

En guise de contenu,  selon Geneviève Idt (1980), le texte engagé part de l’analyse précise de la conscience contemporaine, du malaise actuel et évolue de manière superlative et hyperbolique vers le drame, vers la situation inévitable et catastrophique. Le texte engagé parle à la fois d’un futur proche et d’un futur lointain et prophétique à partir d’une situation présente.

Le but de la littérature engagée est l’appel à la conscience, l’appel à la raison pour l’évitement du pire. C’est donc un appel à la fraternité des êtres. Pour ce le texte engagé n’a pas de public. Il demeure le médiateur en vue d’une transformation humaine des êtres. Comme le souligne Geneviève Idt, « il divise et regroupe, postule la liberté et pratique l’autorité, porte la parole du public, plutôt qu’il ne s’adresse à lui ».  L’écrivain engagé parle à ses contemporains et son écriture est liée à certaines situations politiques. Situations dans lesquelles la liberté est bafouée. Car l’écriture engagée, c’est l’écriture de la liberté. 

L’écrivain engagé est un homme sans camps qui appelle à la fraternité. Il sert de médiateur entre divers lecteurs. Il n’a pas de public. Il n’a que des lecteurs qu’il appelle à la fraternité, à l’humanité. Il révèle l’inhumanité des situations présentes et invite à changer pour la solidarité entre les êtres. L’écrivain engagé a au fond de lui l’épiphanie du monde meilleur. Il le présente à ses lecteurs et les invitent à transcender leurs appartenances à des régimes d’oppression pour la construction commune d’un monde meilleur dans lequel chacun saura trouver son épanouissement.

L’écrivain engagé pose en son for intérieur les questions de savoir pourquoi choisir le mal alors que le bien est là ? Pourquoi choisir d’être cruel alors que l’on peut être bon ? Pourquoi choisir la haine alors qu’il y a l’amour ? Pourquoi choisir d’asservir et d’opprimer alors qu’il y a la liberté et la communion ? Pourquoi choisir l’injustice alors qu’il y a la justice? Ces questions sont transmises aux lecteurs.

L’écrivain engagé parle à des lecteurs dans le but de transformer les cœurs.  Il dénonce, dévoile, pour refuser les agissements inhumains, restrictives de la liberté et de la vie. Il s’engage dans la solidarité avec les opprimés. Son écriture est une promesse qui dit que les choses ne seront pas toujours ainsi. Que l’oppresseur subira la loi qu’il entretient pour écraser. En direction de l’oppresseur l’écriture engagée montre le drame inévitable qui renversera dans la douleur la situation qu’il a occasionné et par laquelle il se satisfait de voir la souffrance tout autour de lui.

L’écrivain engagé, qui est aussi un écrivain prophète, comprend mieux et sent mieux que quiconque la portée de ce proverbe qui dit : « Rira mieux qui rira le dernier ». Aussi son écriture consiste-t-elle à dire qu’un monde meilleur est possible et qu’il est à la portée de tous. Il refuse la propagande de la méchanceté et de l’oppression pour un programme de société meilleur. C’est en cela que l’écrivain demeure engagé. C’est en cela qu’il est responsable. C’est en cela qu’il appartient à son époque.

 

Références :

Idt Geneviève. La «littérature engagée», manifeste permanent. In: Littérature, n°39, 1980. Les manifestes. pp. 61-71.

Chénetier Marc. Écriture engagée : pléonasme ou oxymore ?. In: Revue Française d’Etudes Américaines, N°29, mai 1986.

Hélène Baty-Delalande, « De l’« engagement » chez les écrivains avant Sartre : essai de généalogie lexicale », Les Temps Modernes 2006/1 (n° 635-636), p. 207-248.

Cilas Kemedjio « Traversées francophones : littérature engagée, quête de l’oralité et création romanesque. » Tangence 82 (2006).

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