Enseignée dans les écoles militaires, issue des sciences sociales et de la rhétorique du champ religieux, Gabriel Péries (1994) explique que la guerre psychologique est l’action sur la psychologie des personnes.  Elle consiste en la prise de possession des âmes. Le processus de la guerre psychologique a pour but la conversion à l’idéologie du système. La guerre psychologique est une propagande. En tant que telle, elle vise à propager de gré ou de force, par la persuasion et au besoin par la contrainte, une croyance ou une idéologie. Elle repose sur le principe de l’analogie. « Elle fonctionne dans un rapport de contiguïté ou de substitution entre lexiques, ou dans l’établissement de systèmes de ressemblance sur un plan conceptuel. C’est dans le schéma argumentatif qu’il convient de saisir le moment où s’instaure cette contiguïté dans les sens ».

La propagande a pour but faire agir la personne à qui est adressée l’information dans le sens voulu avec pour objectif la rendre active ou passive.  Emmanuel Taïeb (2002-2003) empruntant une définition de Philippe Breton, explique ce phénomène. C’est une «méthode de présentation et de diffusion d’une opinion de telle manière que son récepteur croit être en accord avec elle et en même temps se trouve dans l’ incapacité de faire un autre choix à son sujet ». Pour le dire en termes gabonais, c’est du kongossa (rumeur) diffusé pour modifier les consciences et les comportements à la faveur de celui qui le diffuse.  Des informations fausses ou manipulées, fondées sur quelques degrés de vérité, sont diffusées afin de modifier les consciences et de parvenir à l’objectif psychologique souhaité. La propagande est de la manipulation, c’est-à-dire une opération par laquelle on fait croire à une personne qu’elle agit ou pense d’elle-même alors qu’elle est agie. Emmanuel Taïeb souligne que « comme cette propagande n’est pas flottante, mais s’incarne dans des mots, outre les rumeurs, c’est essentiellement dans les médias qu’on la retrouve, après quoi elle se diffuse sous forme de messages et de discours dans la population ainsi abusée ». Les uns l’utilisent pour asservir, les autres pour résister.  Ainsi « en ne se conformant pas au contenu des informations officielles, en contournant la propagande d’État, donc en prenant des risques, la rumeur, et ceux qui la colportent, participent d’une résistance ».

Avec Ariane Lantz (2000),  disons que « même si les propagandes de guerre essaient de le faire oublier – l’urgence de la décision politique ne peut oblitérer le temps nécessaire à la construction diplomatique et à la discussion, elle ne peut négliger la production dans le temps long des haines et de la mémoire historiques. Prévoir les conséquences, ici et ailleurs, d’une intervention militaire incontrôlée, c’est faire de la politique et prendre la guerre au sérieux. Au contraire, l’impatience de l’indignation morale exige de « faire quelque chose » tout de suite et ne laisse pas de place à l’analyse. À cette politique de l’instantané, [...] s’oppose une construction active de la paix ou, du moins, de la diminution des occasions de guerre ». C’est l’attitude des pacifistes. Et la guerre psychologique ouvre des perspectives certaines allant dans le sens de la conversion de ceux que l’on souhaite avoir dans son camp, comme par exemple des militaires ou des policiers prompts à la répression afin de les rallier à la cause des civils. De bonne guerre.

La guerre psychologique étant une action de communication, on peut s’en prémunir en répondant aux questions suivantes : qui, dit quoi, par quel canal, à qui, avec quel effet ? (Lasswell, 1948).

 

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