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En 2012, un artiste et un chercheur sont mis en examen pour un ouvrage et une chanson intitulés « Nique la France » en réponse au slogan « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ».  Ils sont soutenus par une pétition nommé « Devoir d’insolence ». Plusieurs autorités françaises signent cette pétition au nom de la liberté d’expression. Parmi ces derniers il y a Danièle Obono, nouvelle députée France insoumise 17è circonscription de Paris… Suite à une émission à RMC dans laquelle on lui demande si avec son parcours d’être devenue députée, elle disait : « Vive la France », Henri de Lesquen publie sur Youtube un montage vidéo avec pour titre: « Danièle Obono doit réémigrer » .

La vidéo d’Henri de Lesquen  est accueillie  avec délectation, appréciée comme étant « Le meilleur montage de Youtube à ce jour », un véritable chef d’oeuvre. On peut lire en commentaire que « là c’est du grand art ». La vidéo a non seulement le mérite d’exprimer le haut degré de l’art, elle a aussi semble-t-il des vertus bien curatives. Elle serait en effet, d’une efficacité dans le fait de cicatriser les blessures anales. Aussi, un internaute reconnaissant peut-il dire : « Merci pour cette vidéo les gars, j ai l’anus qui cicatrise, ça va beaucoup mieux merci beaucoup ». En gros la vidéo est accueillie comme étant géniale, jouissive… « C’est génial », « jouissif », « merci ».

A l’origine de cette envolée lyrique,  de cet émerveillement et de cette reconnaissance face à l’expression dans sa dimension élevée de l’art, il y a la question de la liberté d’expression. Toutes les personnes qui ont signé la pétition « Devoir d’insolence» , l’ont fait pour cette raison là. Comme le souligne Jean Morange (1990), la liberté d’expression fait partie intégrante de la tradition française. Elle va du principe que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Elle stipule que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Parmi les réactions à la vidéo qui nous intéresse ici, quelqu’un souligne que  « la liberté d’expression c’est d’abord celle des gens qui sont pas d’accord avec toi, sinon ça s’appelle un totalitarisme ». Quelqu’un d’autre conçoit que « la liberté d’expression est un prétexte pour haïr de façon très maligne les blancs… ». Ainsi du débat sur la liberté d’expression, nous sommes transposés au niveau raciale, dans une conception de la liberté d’expression comme facette du racisme anti-blanc. Danièle Obono aurait la perspicacité d’haïr les blancs en défendant la liberté d’expression. Pour simplifier les choses en le disant en français facile, on a l’égalité suivante : Défense de la liberté d’expression = Haine des blancs.

Cette représentation des choses amène au nom de la liberté d’expression les réactions suivantes : « Si je dit nique le Gabon, j’ai le droit? ». « Nique les congoïdes. liberté d’expression j’ai le droit allez tous à la maison ». « Nique l’Afrique. Liberté d’expression ». « J’use de la liberté d’expression pour dire que vive la France et que cette migrante doit retourner dans son pays ». « Je baiserais l’Afrique jusqu’à ce qu’elle m’aime. Et nike les bamboulas. Parce que la liberté d’expression le vaut bien ». « Nike le gabon pays des bonobos, euuuh pardon, pays de obono. Et vive la liberté d’expression ». « Liberté d’expression !!! Nique le Gabon !!! Nique l’Afrique !!! On arrêtera d’enculer l’Afrique quand cette pute arrêtera d’être gratuite !!! ».

Y-a-t-il une liberté d’expression au dessus d’une autre ? Y-a-t-il une liberté légitime et une qui n’en est pas une ? Que viennent faire dans un débat franco-français, le noir, le soit disant congoïde, le Gabon, l’Afrique ? Ainsi d’un débat précis sur la liberté d’expression et la revendication ferme de ce droit fondamental on en arrive en 2017 à ce qui en 2010 avait amené le groupe ZEP a proféré les mots qui sont désormais attribués à Danièle Obone à savoir la question du racisme. Le groupe ZEP chante qu’en France le racisme est dans les murs, dans les livres scolaires, dans les souvenirs, banal et ordinaire. C’est leur position, c’est leur chant, c’est leur avis. Et non l’opinion de Danièle Obono. Depuis la flambée raciste de 1973, la question raciale demeurera l’épine dorsale de la République française. Elle surgira à chaque période de crise et à chaque fois que la France sera en difficulté avec elle-même. En effet, selon  Gastaut Yvan, « le racisme semble être un comportement toujours présent dans notre société. Sa flamme jamais véritablement éteinte, se rallume dès qu’un problème apparaît ». Aussi, « La question pour l’avenir ne serait pas alors de savoir jusqu’où ira le racisme, mais plutôt quand et comment le cycle entamé au début des années soixante-dix, notamment au cours de la flambée raciste de 1973, s’achèvera. Ce cycle semble dicté aux gouvernements et à l’opinion publique par la conjoncture économique ou par de graves conflits politiques à l’échelle nationale ou internationale ».

A l’encontre de Danièle Obono, assistons-nous à du racisme, à de la haine vulgaire ou encore à la simple exaltation de la liberté d’expression ? On peut penser que nous ne sommes pas en présence d’un relent raciste. Notamment lorsque nous lisons ce genre de réaction : « T’es une putain de connasse obono et c’est un noir qui te le dit ! Rentre chez toi mongolienne ». Ou encore, tel un cheveux dans la soupe, cette réaction-ci : « Une véritable idiote dégénérée. Je vois mal une député comme ça faire carrière au Sénégal. Comment les français ont fait pour l’élire députée. Est-ce à dire que les électeurs sénégalais sont plus intelligents que les électeurs français. Qu’attendez-vous pour l’exclure de votre assemblée. Vive la France Libre et indépendante. Vive le Sénégal libre et indépendant ». D’aucuns diront « lol! ». Mais lorsque l’on parle de racisme de quoi parle-t-on ? De race, d’humanité et de non-humanité. Les sociologues disent que la race n’existe pas. C’est un signe biologique pour traiter des faits sociaux.  Collette Guillaumin de l’Institut d’Etudes et de Recherches Interethniques et Interculturelles, observe que la question du racisme dans le sens commun s’exprime sur deux axes. Sur le premier le racisme est construit comme étant totalement « l’agressivité entre groupes objectivement différents ». Sur le deuxième, « le racisme se noue dans le rapport entre une catégorisation signifiante et l’appartenance au règne humain. Chaque groupe humain disposant de pouvoir se considère, ethnocentrisme bien connu, comme le prototype de l’humain ou même comme l’humain en soi ». Finalement, lorsque l’on parle de racisme, on parle d’agressivité entre groupes humains objectivement différents ou encore des humains contre des sous-humains sinon des non humains. Alors voila ce que l’on reprocherait à Danièle Obono : sa différence et semble-t-il sa sous-humanité sinon sa non humanité.

Danièle Obono est différente. Elle serait nègre. Aussi on lui reprocherait cette différence. Mais ce reproche est aussi le reproche en l’encontre des français qui ont trouvé en elle le gage de leur représentation comme on peut le voir dans les commentaires qui suivent : « En tant que Française, je ne veux pas de ces gens chez moi… non seulement ils me font honte mais ils sont dangereux ». « A force d’être trop gentil les étrangers nous prennent pour des cons ». « Comment ce genre de déchet humain peut devenir députée » ? « C’est pas elle le problème, c’est les sales blancs de collabos qui votent pour ces déchets ». « C’est tellement moche une négresse ». « Ce qui me choque le plus ça reste son rouge à lèvres qui ne va pas du tout à son teint ».

Au-delà de ce rouge à lèvres choquant, de cette mocheté hyperbolique, si mocheté du nègre il y a, à Danièle Obono, on reproche non seulement sa différence, « C’est une femme et elle est noire », avec semble-t-il l’agressivité qui va avec, on lui reproche également de n’être point humaine. Elle serait un déchet, à la limite un singe. « Obono = Bonobo ». « Obono/bonobo, c’est chou vert et vert chou »? « petite question hors sujet : y’a des bonobos au Gabon ? ». « Nike le gabon pays des bonobos ».  « Nique le Gabon ». « Nique l’Afrique ». « Liberté d’expression !!! Nique le Gabon !!! Nique l’Afrique !!! On arrêtera d’enculer l’Afrique quand cette pute arrêtera d’être gratuite !!! ».

Voila de quoi est révélateur le procès intenté à Danièle Obono contre des propos qu’elle n’a jamais tenu, mais au nom de ce pourquoi elle s’est positionnée à savoir la liberté d’expression. Le débat révèle, au-delà du mesquin racisme et de la haine gratuite, tout simplement un problème de la France lié à son histoire et que l’on appelle tout bonnement la françafrique. Contre Danièle Obono on dit ceci : « elle nike la France, mais pas le pognon des français ! qu’elle retourne en Afrique se faire payer en Franc CFA ! ». En Francs CFA, c’est-à-dire dans ce qui fût à l’origine, en Francs des colonies françaises d’Afrique. Quelqu’un a dit récemment qu’en matière de racisme trêve de philosophie. On peut tout de même se demander qui profite du pognon de qui ? Et de la richesse de qui ? Peut-on ôter le A de Paris ? Et la France peut-elle laisser l’Afrique s’épanouir en paix ?

Comme l’a commenté quelqu’un, en réaction à la vidéo d’Henri de Lesquen, « on ne mesure jamais les choses que depuis sa propre hauteur ». Alors prenons de la hauteur. Acceptons ou prenons conscience du noir de la France, à côté du blanc de la France ou encore du beur de la France. Savourons cette mélodie qui carillonne aux mots de Blacks, Blancs, Beurs qui rappellent des exploits sous le drapeau tricolore. Et oui, les enfants de la Patrie sont plus que la blancheur que l’on revendique et que l’on tient absolument à garder pure. La France est forte de sa différence. Mais qui suis-je pour le dire, pour moi quoi Gabonais ? Laissons parler un Français : «  aujourd’hui beaucoup sont les Français d’origine Africaine qui aiment profondément la France ».

Alors que vive la liberté d’expression, vive la France, vive l’Afrique, vive le Gabon. Et bon vent à la Française d’origine gabonaise à l’assemblée nationale française comme jadis Jean Hilaire Aubame. Obone, ossou ! Ossou : oyé!