-Monsieur, mettez-vous en colère.

-Pourquoi ?

-C’est comme ça que ça marche. Ne savez-vous pas que la société vous apprend à devenir méchant ? Elle vous juge et vous considère en fonction de votre capacité à cogner du poing sur la table ou à dire fortement non de non !

-Ah, bon!

-Vous n’êtes pas au courant ?

-Non.

-Vous m’étonnez. Vous êtes vraiment naïf. Essayez. Vous allez-voir. La société vous dressera comme avec les dictateurs et les meurtriers de la République un tapis doré.

-J’ai souvent entendu parlé d’un tapis, rouge…

-Le mal vaut de l’or. Il permet le progrès. Le progrès accroît le mal. Il n’existe que pour le mal et le mal n’existe que pour le progrès.

-Qu’essayez-vous de me dire ?

- Monsieur, adaptez-vous !

-J’avoue ne pas vous comprendre.

-Vous êtes-sûr ?

-Je ne veux pas me mettre en colère. Je ne veux pas me défigurer pour les beaux yeux de la société. Je ne veux pas me corrompre. Je sais que le bien est bien. Je saurai rester digne et humain, même si l’on veut me rendre étrange. Jamais je ne serai étranger dans cette société. Oui, je suis un étranger étrange, un étranger familier, un homme impliqué dans un conflit de valeurs. C’est le système qui veut ça. Un système forgé par des hommes qui ne respirent que le meurtre, le vice et la violence. Ils les érigent en valeurs dominantes. Voilà déjà près d’un demi-siècle que cela dure. Transmis de père en fils tels des usurpateurs de pouvoir. Toute la société en est gangrenée. Le mal en devient la norme. Je crois qu’il faut résister contre son avancée et sa pérennisation.

-Résister ! Vous croyez monsieur ? On ne résiste pas à la marche. Vous connaissez vous même l’histoire. C’est le mal qui forge les puissants. Et les puissants le dresse en système de vie, en système politique. Comment comptez-vous résister monsieur ? On résiste au mal par le mal. Et vous n’êtes pas prèt à adopter le mal.

- Il y a le bien monsieur, le bien.

-Permettez-moi de rire. Vous ne pouvez que dialoguer avec le mal, négocier avec le mal et vous faire une place par le mal et pour le mal. C’est la vie cher monsieur.

-Vous faîtes fi d’ignorer le bien : la force qui triomphe du mal.

-ça existe ça?

-Vous faîtes dans le déni total ou quoi ?

-Laissez-moi vous dire.

-Quoi ?

-Le mal gît en chacun de nous.

-Le bien aussi. Je dirais même plus, la justice. L’union, le travail, la justice.

-Peut-être que vous voulez de même ajouter la concorde ?

-Certainement. Le mal n’a pas sa place dans nos cœurs. Et  je ne comprends pas pourquoi le gouvernement l’érige en système politique, en programme de société, en projet de vie. La force est l’arme de ceux qui sont dépourvus de solutions. C’est pourquoi il faut alterner. Pour n’être pas obligé d’en arriver là.

-Je vous dis que la raison du plus fort est toujours la meilleur.

-La raison… la raison mon cher… fait des dirigeants meilleurs.

-Et c’est quoi un dirigeant meilleur?

- Un homme juste qui favorise l’union et le travail.

-Je suppose que vous voulez ajouter un homme de la concorde et de la félicité…

-Comme vous avez l’art de me tirer les verres du nez.

-Oui. Même moi qui vous parle, je sais que malgré les apparences, le mal ne triomphe jamais.

-Je m’apprêtais à vous demander où sont Hitler et ses propagandistes? Mais je vois que vous comprenez que gouverner par le mal, le généralise et personne n’en est à l’abri. Même pas ses promoteurs?

-Hum… Il y a du plaisir à faire du mal. Surtout si c’est un ordre venant du gouvernement et de ses tribunaux. Cela nous dédouane de toute responsabilité.

-La banalisation du mal est le véritable trouble à l’ordre public. C’est-elle qu’il faut arrêter et embastiller.

-Je vois que vous êtes désormais en colère…

-Qui moi!?

-Ne vous gênez pas monsieur, libérez-vous.

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