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Il y a un taxi garé près de l’abri bus. C’est une voiture noire. Je me rapproche. Je demande au taximan s’il peut m’amener au quartier. Il dit oui. Dans le véhicule, outre le chauffeur, il y a trois hommes déjà embarqués. Un des passagers installés à l’arrière descend pour me céder le passage. Je monte dans la voiture. L’homme qui m’a fait place remonte dans le taxi. Ainsi, je suis comme prise en sandwich entre deux hommes à la corpulence impressionnante. Le taximan démarre. Il traverse la ville. Après quelques minutes de route, je constate que le chauffeur suit un itinéraire inhabituel. Je lui demande :

—Vous m’amenez où ?

Le taximan répond :

—Je laisse d’abord les messieurs là, après j’irai te déposer dans ton quartier.

J’ai l’impression que le taxi s’éloigne de la ville. Je demande au taximan de s’arrêter et de me laisser descendre. Étrangement, il accélère. Je crie :

—Laissez-moi descendre ô, laissez-moi descendre !

Comme j’insiste, l’homme qui tout à l’heure est descendu pour me céder le passage m’assène un virulent coup de poing. Je perds connaissance.

Je me réveille. Il y a le bruit des grillons et d’oiseaux. À première vue, je suis dans une forêt. Je suis suspendue dans l’air. Mes mains sont attachées à un bois que transportent deux hommes sur leurs épaules. Mon visage est tourné vers la cime des arbres. Je suis suspendue comme du gibier. J’ai peur.

On me dépose au milieu d’un endroit dégagé. Un homme habillé étrangement et maquillé de peintures se trouve déjà là. Les hommes qui m’ont amené parlent avec lui.

—C’est la commande de la Direction du cabinet.

—Détachez-là. Mettez là dans le cercle.

—Oui.

Les hommes m’ont déposée près du cercle. Ils commencent par me détacher. À côté du cercle, je remarque deux corps de jeunes filles. Les corps sont dépecés, des organes ont été prélevés. À ce qui reste de chacune des filles, on a ôté la langue, les lèvres, le cœur, les entrailles et les parties génitales. Je me cabre et me mets à vomir. Les vomissures tombent sur l’un des hommes. Il me donne une gifle sèche accompagnée des mots :

—Regardez-moi ça ! Ça ne te va pas ?

Les hommes m’ont détachée. Sans réfléchir, je me mets à courir. Je cours de toutes mes forces. À vrai dire, je suis comme transportée par une force. Derrière, j’entends l’homme maquillé s’adresser aux autres :

—Attrapez la, bande d’incapables.

Devant moi, il y a un gros arbre qui gêne le passage. Je bifurque afin de le contourner. Le temps de la bifurcation, un couteau de chasse lancé, a transpercé l’arbre. Je cours, je cours, je cours. Derrière-moi, des pas secs sur le sol, des craquements de branches, des vociférations me disent que je suis nerveusement poursuivie. Je dévale une pente. Un de mes poursuivants dégringole. Au bruit sec que je viens d’entendre, sa tête a certainement heurté un rocher. J’arrive sur une pente que je longe. Je m’arrête net. Sur mon chemin, il y a un gros serpent. La majeure partie de son corps est camouflée. Je ne perçois qu’un bras de son corps. C’est cela qui me permet de le voir. Je ne sais pas où se trouve la tête du serpent, ni sa queue. Vu sa corpulence, c’est un boa. Derrière j’entends :

—Elle est là…

—Attrape-la !

Comme transportée, je fonce en direction du serpent. Je l’enjambe. Je poursuis mon chemin et ma course. Derrière j’entends un cri et un bruit sec de colonne vertébrale qui se brise. Je regarde. J’aperçois un homme à terre. Le boa l’a enroulé comme pour en faire sa pitance. Ses compagnons tentent de le délivrer. Ils coupent la tête du boa. Ils laissent leur comparse prisonnier du serpent. Ils courent après moi avec haine et rage. Leurs cris sont semblables à des grognements comme si mes poursuivants n’étaient plus que bêtes. Je sors de la forêt. J’arrive sur une clairière. Il y a une piste que je suis. Soudain, devant moi, il y a un homme qui arrive. C’est un chasseur. Il porte en bandoulière un fusil. Une appréhension m’envahit. Je fonce quand même sur l’inconnu. Je saute sur lui tout en criant essoufflée :

—Monsieur, monsieur, on veut me tuer.

—Qui, qui ?

—Ils sont là-bas…

—Ils vont me sentir…

L’inconnu sort de sa gibecière des cartouches. Il charge son fusil. Deux hommes sortent de la forêt. Le chasseur tire deux coups en l’air. Au bruit de la pétarade, les deux hommes sortis de la forêt prennent la poudre d’escampette, chacun de son côté. Ils repartent dans la forêt. L’inconnu me soulève et se met à courir dans le sens opposé.

—Tiens bon ma fille. Le village est à côté.

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