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Bonheur, bonheur… Où es-tu ? Où te caches-tu ? Permets-moi de te voir afin que je puisse accomplir de façon agréable ma traversée. Traversée devenue bien utile lorsque le monde nous vomit et nous refuse de ses eaux. Place reçois moi et aide moi à partir. Partir là-bas. Là-bas dans l’ailleurs. Où mon cœur pense rencontrer douceur. Place épaule cet être que je suis et dont le destin est de partir. Partir et toujours partir afin de se perdre dans la lueur. Cette lueur qui dans mon cœur indique le chemin et m’invite à sécher mes larmes. Place adéquate à partir de laquelle j’effectuerai mon départ. Place à partir de laquelle je deviendrai arbre. Place, montre-toi à moi et autorise que je me dissolve en toi. Mes pieds ont cessé de marcher. Ils ont appris à voler et maintenant ils te cherchent pour se poser. Ils prendront racines. Demain lorsqu’on te demandera qui je suis, tu diras : « Ici gît le singulier devenu arbre afin de nourrir le désespéré ». N’oublie pas de le rappeler à qui voudra. Autorise le vent à porter ce message partout où bon te semblera. Car le monde regorge d’attristés. Qu’ils sachent qu’à ta place gît le singulier devenu arbre. Qu’ils sachent que cet arbre est porteur d’espoir. Dis-leur aussi qu’il est porteur de fruits apaisants. Qu’ils viennent à l’arbre d’espoir se recueillir et reprendre des forces. Je sais que la vie est belle. Mais c’est le monde qui est laid. Moi, devenu arbre, je poursuivrai ma vie loin de la douleur que sème le monde et je répandrai l’espoir. Ô jours hideux, cesseriez-vous un jour ?

En partant de chez moi, si seulement j’ai un chez moi, j’ai rencontré un homme. Il était adossé à un vieil arbre. Il semblait de son doigt m’interpeller. Je me suis approché de lui. A ses côtés, je lui ai entendu me dire : « voyageur solitaire aux pieds ailés, la grâce soit avec toi. Adossé à cet arbre, je n’attends plus que la mort. Je te prie de résoudre l’énigme qui m’habite et que j’ai héritée des miens. Cette énigme la voici : Qu’est-ce qui tous les jours se passe ? Ne me réponds pas maintenant. La réponse en son temps se donnera. Je l’ai attendue toute ma vie. Au terme de celle-ci, je la cherche toujours. Mais je t’en prie homme seul, devient le réceptacle de mes préoccupations. Grâce à toi je survivrai et me transmettrai jusqu’au surgissement de la solution. Maintenant va, homme seul. Suis ton chemin. Je te souhaite des lendemains radieux ».

L’homme n’a plus donné signe de vie. Je l’ai regardé sans mot dire et je suis reparti dans ma marche. Je pense à présent au sens de cette rencontre. Elle m’a chargé de percer le mystère. Qu’est-ce qui tous les jours se passe ? Ils se passent bien sûr pleins de choses. Pourquoi se perdre à se poser une telle question ? Il faut être bête pour poser une telle question. Cet homme seul, n’a pas compris que moi aussi j’ai mes problèmes. Mort lui, il n’a plus de soucis. Mais moi, moi qui encore marche, j’en rencontrerai certainement d’avantage. Pourquoi me charger de son fardeau, alors que moi aussi je chemine vers mon trépas. Trépas proche, tellement proche. Si proche.

Comment ne pas écrire ? Comment ne pas appeler à la rescousse les lettres ? J’ai besoin d’elles afin d’opérer ma sortie raisonnable. Qu’elles viennent me porter, me transporter au lieu de l’oubli et de la disparition. Lettres, venez. Déchirez-moi, disséminez mon être aux quatre coins de la douceur. Là, douloureux, souffrant, je plains mon sort. Pourquoi cette rongeur, ce mal au fond de mon cœur qui me torturent ? Je voulais juste vivre heureux. Seulement heureux… Voix ténébreuse qui résonne en moi, souffle inaudible qui attise la douleur en moi, ton bruit sonne dans ma tête comme à recevoir dix marteaux piqueurs au centre du crâne. Ton bruit me pèse, vibre à me perdre. La frontière avec la déraison n’est pas loin. Que tu te taises voix pénible et affreuse. J’ai besoin, en ce temps de tristesse, de silence. Seulement de silence… D’où viens-tu voix ténébreuse ? Pourquoi me veux-tu du mal ? Je suis un être innocent, honnête, tolérant. Je veux vivre heureux. Toi et moi n’avons rien en commun. Va chercher pâturage ailleurs. Le mal au mal. Si tu veux me parler, que ce soit de choses plaisantes. Tes mots sonnent étranges et ne transmettent rien de plus que le fracassement de ma pauvre tête. Comment me défaire de toi, toi ma pensée ? Qui parle ? Est-ce moi, les mots ou encore leurs ombres ? Ôter ces mots de ma tête. Les envoyer loin là-bas car ils m’affligent.

Lettres venez. Montrez-moi le chemin. Ma pensée double me joue des tours. Au cœur d’une intense tension me déchirant entre une voix détestable et une postulation vers l’ailleurs, j’ai besoin de vous pour me sortir du gouffre. La voix me donne des pensées affreuses et criminelles. Moi je veux persévérer dans l’irréprochable, demeurer pur et non souillé par la tâche d’un mal destructeur et mortifère. Voix va-t’en. Libère ma tête et ma personne.

Espoir perdu. Existence rigide. Combien de fois ai-je espéré ? Tout mon cheminement n’est fait que de ça. Espérer. Nuit et jour je me suis souvent assis brûlant la lampe véhiculant les formulations de mon espoir vers la réalité quêtée. Je ne mangeais que de cet espoir. Considération d’un avenir reluisant. Avenir où es-tu ? Mon tombeau, ma demeure… Quand je te verrai, je te sauterai au cou comme un enfant sur son papa, un époux sur son épouse. Toujours j’attends. L’attente perdure, longue et étirée. Si je baisse les bras, je serai victime de la voix affreuse voulant m’emmener sur une voie douteuse. Rien peut-être n’adviendra. Mais je sais que je serai. Espoir maintient moi dans mon avenir. Le temps finira par s’écouler et nous nous marierons : union d’un homme avec l’objet de son espoir. Homme démuni, vulnérable, homme insignifiant, minoré, négligé, piétiné, torturé, tué. Les innocents payent. Néanmoins, je ne vendrai pas mon âme au diable. Il me reste ce que je suis : un homme vertueux bourré de talents autorisant normalement fonctions décentes et élevées. Mais le monde récompense moins le mérite que le futile et la prestidigitation. Le nivellement, le refus de l’élévation, l’assourdissement règnent et beaucoup échouent freinés dans leur élan propulseur. L’injustice est au cœur du monde. Pourtant lutter toujours et espérer.

Soleil dur et éprouvant. Désert. Décor rude et lassant. Le sable brûle mes pieds nus. Fragiles, je les mène vers l’ailleurs prometteur. Indécidable. Mes pas marchent sur un chemin s’effaçant au fur et à mesure de mon avancée. Progression aveugle, sans horizon. Pas de repère m’orientant. Je joue à tic-tac. Les pliures sur le sable rappellent un océan vague et monotone pourtant chaotique. Le sable m’emporte. Là-haut, le soleil incinère à me lacérer. Ses rayons font l’effet d’un rasoir. Ils me blessent, transpercent la fine peau me recouvrant. L’air paraît visible et semble me frapper de violence. Le décor m’est vraiment hostile. Sortir le plus tôt possible. Mais le désert est mon temps d’endurcissement. Il me montre la difficulté dans sa forme ingrate. Souffrir, durement souffrir pour réussir.

A l’horizon, un point noir. Il grossit du fait de mon avancée. Indescriptible au départ, il semble se préciser. Des arbres. Oui, des arbres. Une forêt ! Vite courons la rejoindre. Désert, sable, soleil, continuez à me torturer si vous voulez. Mais bientôt je serai à l’ombre loin de votre redoutable cruauté. Ne veux-je plus m’en aller, traverser, partir, emmené par les lettres ? Je les ai appelées afin de m’enlever. Je regarde le ciel. Je ne les vois pas. Il faut pourtant qu’elles viennent et m’effacent du monde. Du terrible et douloureux monde. Peut-être que les pas se gommant au fur et à mesure de ma progression sont ces fameuses lettres. Les lettres ne se montrent jamais sous leur vrai visage. Elles viennent : disparaissent. Souvent on les voit venir sans les voir. Déjà, elles sont derrière nous lorsqu’on les attend encore devant. Je ne quitte pas ce but. Que le soleil, le sable me brûlent, me mettent en cendre. Que ma vie devienne poussière et que mes restes aillent aux quatre coins de l’univers ensemencer les terres arides et que d’elles naissent l’espoir. Mais tout cela n’est possible que si les lettres viennent et m’emportent là-bas de l’autre côté. Là où je dois être pour être ici. Soleil rouge et verdoyant, tu ne lâches pas tes lettres. Tu me fais souffrir inutilement. Si les lettres vivent en toi, qu’elles descendent et me font être. Les lettres se forment peut-être sur le sable sans que je ne le sache, mais elles viennent de toi. Alors si tu ne veux pas les libérer, je viendrai à toi m’effacer auprès de ton réservoir lexical. Quand les choses n’arrivent pas à nous, c’est à nous de provoquer la fusion. J’irai à toi. Je trouverai bien l’accès menant à toi soleil. Dans ce désert, rien ne permet une élévation. Que je trouve une échelle, une structure haute côtoyant le ciel et permettant la fusion avec l’astre du jour. Cette forêt là-bas semble prometteuse. Allons à la quête de l’arbre le plus haut qu’elle puisse abriter.

Marche solitaire dans un territoire insolite, situé nulle part au beau milieu du monde. Monde avare sans reconnaissance, injuste de même qu’ingrat. Je voudrais bien m’extraire de toi, m’enfuir. M’éloigner, partir loin là-bas, dans ce lieu sans retour. M’en aller pour toujours. A la maison, si seulement j’ai un chez moi, personne ne m’attend. Personne ne me compte des siens. Mon absence n’aura rien de pesant. Il sera comme présence. Je suis parti de chez moi, si seulement j’ai un chez moi, et personne certainement ne l’a remarqué. Marcher devant mon but devient plus qu’impérieux. Le regard pointé vers mon avenir, je le vois beau, doux, réunissant toutes les conditions pour être heureux. Alors je m’attèle à marcher. Le chemin est long, dur, pénible, suant, mais la paye sera bonne. A la sueur de mon front, je réaliserai. A la joie de mon regard, je contemplerai le résultat d’un effort déterminé. C’est vrai, je ne suis pas né avec de l’or à la bouche. C’est vrai. C’est vrai également que je suis né avec une tête pleine, me permettant de rendre ma vie pleine, loin du manque et de toutes les contaminations misérables attristant l’existence, que l’on désire voir gai comme l’enfance.

Forêt douce et merveilleuse dans laquelle je suis maintenant entré. Verdure infinie et touchante. Paysage vert et vivifiant. Silence inouï pourtant chantant. Les arbres m’accueillent dans leur majesté. Ils sont pleins d’hospitalité. Je suis content. Moi cœur qui, jusqu’alors était brûlé, me voilà tout serein. Tout ici concourt à mon bien. Je regarde les verticalités végétatives et je souris. Pourquoi n’ai-je pas résidé ici plus tôt ? Forêt. Lieu doux, vert et calme. Asile m’accueillant. Parcelle de mon bonheur. Où est ton arbre le plus élancé ? Celui dont la dimension le rapproche du soleil ? Je marche dans la verdure presque encore vierge me frayant un passage au hasard. Le bruit indéterminé des insectes indéfinis sonne en moi, pareille à une musique qui berce mon avancée. Tout semble me souhaiter la bienvenue. La fraîcheur me rassérène et rend inutile le repos. D’ailleurs, le repos tue lorsqu’on n’a pas encore atteint le but. Pourtant il ménage et encourage le déplacement. Là ! J’aperçois un arbre isolé et différent des autres par sa surélévation. Il se dresse majestueux touchant presque le ciel. C’est mon arbre. Celui que je cherche. En le gravissant j’atteindrai mon but. L’arbre de par son envergure m’effraie. Cependant son énorme base ne me dissuadera pas de l’escalader. Je contemple le tronc lisse qui m’aidera à atteindre le soleil. Je tends ma main vers l’arbre… Bizarre ! Ma main touche du vide. L’arbre semble se mouvoir. Etrange ! Un arbre ça reste fixe, immobile pourtant. Celui-là est plus qu’étrange. Il diffère de tout, met en branle mon entendement. Ai-je mal évalué la distance nous séparant ? Arbre mystérieux aux élévations illimitées, pourquoi te dérobes-tu ? Laisse-moi t’aborder. Immobilise-toi. Permets-moi d’accéder au but. Tu le contemples chaque jour et tu peux à l’avance me le décrire. Il est forcément beau comme ma laideur. Regarde comme je suis. Seul, reclus, refusé. Accepte que ma solitude soit payante. Je sais que seul on ne peut se réjouir. L’essence du bonheur est le partage. Sans compagnons, difficile de dispenser sa joie aux jours heureux. Moi j’exulterai avec les lettres. Viens vers moi arbre reculant, allant au loin selon mon avancée. Chaque pas de moi vers toi t’éloigne de moi. Viens. Je ne veux que vivre heureux, loin de l’inquiétude, de la déception, du malheur. Les lettres révèlent le paradis. Permets-moi d’entrer dans mon jardin d’Éden. Là, certainement s’ôtera de ma côte une compagnie nécessaire. Les lettres, je sais, voient tout, entendent tout et disent tout. Elles façonnent également. Elles me donneront l’Eve désirée ainsi que la splendeur recherchée.

Qui es-tu arbre ? Pourquoi recules-tu ? Tu t’échappes à chacun de mes pas. J’ai l’impression de demeurer statique dans mon mouvement tellement tu maintiens l’écart. Et pourtant Dieu seul sait si je marche. Je déambule déterminé à suivre l’appel. Plus déterminé que moi… zéro ! Une locomotive à mes pas ne pourra les égaler. Je suis le TGV au triple de sa vitesse évoluant têtue vers sa gare. On ne donne qu’à ceux qui veulent avec force. La force, je n’en manque pas. L’Amérique dans sa puissance ne ferait que piètre figure. Je suis l’évoluant, le déterminé, le forcené. Comprends que malgré tes zigzags, je parviendrai à toi. Rien ne peut m’arrêter. Toujours en mouvement, je suis l’homme des traversées. Celui-là qui toujours déjà n’est plus, n’a plus d’ici, créant perpétuellement le lieu de son éloignement et de sa délocalisation. Étant d’ici, il n’est plus d’ici, parce qu’il n’appartient à aucune terre. Étant de cette terre, il est pourtant déjà étranger. Reconnu comme un des nôtres sans que nous soyons véritablement convaincus, car il n’appartient à aucun camp. Le voir dedans, nous pousse à regarder s’il n’est pas dehors. L’homme des traversées est un homme de trop. On le reconnaît par son ilocalité. Homme de partout et de nulle part, il aime le grand espace où règne la fraîcheur loin de la guerre. Recherchant son bonheur, il est en perpétuel déplacement. Jamais là où on le pense, on a tôt fait de l’oublier. L’homme des traversées, c’est l’éternel solitaire errant. Son essence le voue à la marche. Vivre seul donne des ailes. La marche permet le décollage. Et on ne sait plus s’il a vraiment été avec nous. Qui ? L’homme des traversées. Le souvenir de lui n’a pas de mémoire. Mémoire perdue comme l’homme perdu. Vivant ou mort, nul ne sait. Cependant, l’homme des traversées est celui qui vient résoudre nos problèmes, les résolvant et s’évaporant dans le même temps. Il se donne volontairement à résoudre le manque et s’en va dans les contrées inconnues certainement prometteuses. Il est le désaltérant évanescent.

Comme tu vois arbre, mon destin se confond au mouvement. Tu peux toujours fuir. Mais tu ne m’empêcheras pas d’atteindre mon bonheur. Je vais cependant cesser de courir après toi et les lettres. Le bonheur, j’en suis sûr s’acquiert de différentes façons. Je trouverai bien un autre moyen pour accéder à ma félicité. Je te ferai croire que je ne te veux plus. Je m’en irai monter un autre arbre et tu penseras que je me suis finalement résigné. La résignation. Combien n’ont-ils pas baissé les bras devant l’évidence de leur sort face à l’écart du monde vis-à-vis de leurs aspirations ? Souvent si proches du but, beaucoup ont connu le désenchantement. Ils ont investi toute leur vie pour nourrir leurs rêves. Ragaillardis par l’espoir de l’idéal et des joies qu’offre une anticipation virtuelle, ils se sont toujours battus face à l’adversité. Mais lutter toute sa vie sans réaliser désespère. Et vite on a tôt fait de tomber dans le dépérissement. On en vient à l’évidence que le souhaité ne sera jamais présent et que le chercher perd le temps. L’absence du désiré avérée par l’évidence de son silence, annihile l’action. Homme désespéré devenu atone voilà le résigné. Mais moi arbre, tu connais déjà ma détermination. Jusqu’au dernier souffle, je consacrerai toute ma vie à quêter les lettres. Arbre, je te fais une confidence : je suis l’œuvre à venir. Je marche pour me constituer en œuvre. Mais comment faire œuvre si je n’atteins pas lettres ? et toi arbre qui es-tu ?

- Pauvre homme. Tu es venu à moi et tu as su comment me rencontrer. J’ai une particularité : celle qui m’éloigne de ceux qui désirent m’aborder. Je suis celui qu’on ne peut voir que de loin. Me toucher se donne chose impossible. Me vouloir, c’est m’éloigner. Je suis l’arbre mouvant. Arbre sans origine ni but, n’ayant ni commencement ni fin. Je suis le toujours cherché jamais manifesté. Me voir me conserve dans mon voilement. Me toucher et me monter, c’est bénéficier du corps à corps révélateurs des énigmes. Pauvre homme. Voici depuis toujours que je siège dans cette forêt. Aucun homme ne m’a trouvé. Et pourtant la tâche de l’homme est de me chercher et de me trouver. Je suis l’arbre à partir duquel l’homme accède à son humanité. En ne me voulant pas, tu m’as trouvé. Et je suis venu à toi. Maintenant tu peux t’élever vers les lettres. Sache où passer sur la frontière des deux chemins. Adosse-toi à mon tronc et attends. Sache-le, une arrivée et un départ, voilà qui tous les jours se passe. L’homme adossé à l’arbre que tu as croisé en chemin cherchait l’énigme de la vie. Chaque jour, la vie donne et reprend. Un homme arrive à l’existence, un autre s’en va. Telle est le cycle quotidien de la vie. Qu’est-ce qui tous les jours se passe ? Une arrivée et un départ ».

J’attends assis, adossé sur l’arbre. Son tronc est semblable à de l’eau. Je ne ressens plus mon corps. Le noir en moi s’accentue. Il m’aspire dans un lieu où l’espace et le temps n’ont pas d’existence. Le possible semble se possibiliser. J’entre dans le domaine du possibilisable. Je me retrouve soudain assis au bord d’une plage. Je semble contempler l’incontemplé. Le ciel s’ouvre et m’éblouit. Mais la lumière ne vient pas du soleil. Elle arrive du soleil noir et m’éblouie de sa clarté. Je suis content, serein. Tout autour des colombes forment un cercle au-dessus de ma tête. Brusquement, une échelle venant du fond de la terre et s’élevant jusqu’à l’astre du jour, sort de ma tête. C’est l’arbre mouvant, manifesté dans sa forme originelle. L’arbre était donc une échelle ! Je l’emprunte. Elle conduit droit au monde des lettres. Au cours de mon ascension, des images défilent. A les voir s’afficher, je revois là ma vie. Les images me ramènent à mon état embryonnaire. Ma mémoire se désagrège. Je perds parole. Je parle dans un langage sans mots. Je deviens langue. J’assiste à ma fœtusilation.

Où suis-je ? Dans un ventre au cœur d’un liquide amniotique. Je suis une cellule qui s’éclate, se dédouble, se multiplie. Des organes naissent, construisent le petit être que je suis appelé à devenir. Mon cœur bat au rythme des pulsions cardiaques du propriétaire du ventre dans lequel je suis tombé. Il bat, doux, comme un tam-tam. Du liquide vient, apporte nourriture, boisson et santé. Tout ici prend soin de moi. Une main, de l’extérieure, caresse ce ventre m’accueillant. Elle me réchauffe, m’excite. Je tourne, pivote, change de position, étends mes pieds, mes bras, les cogne sur le ventre. La main s’arrête sur mon pied, redouble sa caresse. Je suis content. Je m’endors, douillet, recroquevillé sur moi-même… Mon processus d’accession à l’homme nouveau atteint sa maturité. Mon poids m’attire, me pousse vers le bas. Ma tête se débat autour d’une paroi cartilagineuse. Des contractions mettent en ébullition l’océan autour de moi. La tension monte. Les forces viennent de partout. Le moment est à l’ouvrage. Je vais et viens, tourne, force de mon poids le bas ventre m’accueillant. Puis tout se calme. La tension baisse. A plusieurs reprises, le calme succède à la tension. L’ébranlement devient sérieux. Les contractions se font plus contraignantes. Ma propulsion s’intensifie. Déchirement, écartèlement, passage des mondes. Phase intermédiaire achevée. Naissance.

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